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L'HISTOIRE de la CHINE

Au-delà de la continuité formelle d'enchaînements dynastiques reconstitués a posteriori, l'histoire de la Chine est une succession de discontinuités aussi marquées que celles de l'histoire de l'Occident depuis l'âge du bronze. Elle ne peut donc être que fictivement considérée comme celle d'une administration et d'une tradition politique homogènes. Ce n'est pas un État national au sens propre, mais un ensemble géopolitique, mis en forme par un concept impérial, à la manière de ce que fut la Romania antique pour le Bassin méditerranéen.

Le décalage de perception historique entre l'Occident et la Chine tient donc à ce que, dans un Occident largement homogène du point de vue culturel, la conscience politique est segmentaire et en général attachée à la nationalité, alors qu'en Chine la situation est inverse: la conscience politique est attachée au partage de valeurs culturelles, indépendantes de la «nationalité». L'histoire de la Chine est encore relativement mal connue et mal conceptualisée, non que les sources manquent, mais elles restent à étudier, et la tâche est immense et complexe alors même que la recherche demeure tributaire de la vision culturelle sinocentrique et simplificatrice des sources narratives chinoises (les annales) qui ramènent la variété de l'histoire à la répétition d'un cadre dynastique stéréotypé.

Les origines La plus ancienne trace de présence humaine en Chine remonte à environ un demi-million d'années, avec le sinanthrope, ou Homme de Pékin, qui vivait de la chasse et de la cueillette, et qui cuisait ses aliments.

Alors qu'en Chine du Nord l'industrie sur galet, aux outils grossiers et d'évolution lente, qui caractérise la préhistoire chinoise, a commencé vers 25000 av. J-Cà évoluer vers le microlithisme, la Chine du Sud se distingue par la perpétuation des traits les plus archaïques, jusqu'à sa phase finale (Hoabinhien) de 10000 à 5000 av. J-C.

En Extrême-Orient, le processus de sortie de la préhistoire devient effectif aux environs de 10000 av. J-C Le néolithique chinois proprement dit, qui connaît, outre la céramique, le petit élevage (chien, poulet, porc) et une préagriculture du millet, se situe au VIIe millénaire et concerne les populations mongoloïdes de la zone de passage entre Asie centrale et Extrême-Orient pacifique. Dans le même temps, des populations côtières s'avancent vers le sud, formées d'un premier groupe d'Austronésiens (Mélanésiens).

Chronologie (vers - 6500) Le néolithique, longtemps confiné à un petit terroir de la moyenne vallée du Huanghe, gagne ensuite, en se diversifiant, les plaines côtières qui forment les bassins inférieurs des fleuves de la Chine du Nord-Est. Ainsi, au Ve millénaire, distingue-t-on plusieurs systèmes culturels. Celui de Yangshao, dans la vallée du Huanghe, est le plus connu; il pratique la culture sur brûlis, en villages occupés périodiquement, où pêche et chasse restent des activités importantes; sa céramique présente des similitudes avec celles de l'Iran et de l'Ukraine, mais les jalons manquent pour établir la parenté. La région des bouches du Yangzijiang relève au contraire du monde des riziculteurs et annonce les futures cultures néolithiques de la Chine du Sud et de l'Asie du Sud-Est. En situation intermédiaire, on distingue des éléments culturels où se marque de façon croissante la différenciation sociale, et qui annoncent la culture de Longshan.

Avec le IVe millénaire, les échanges deviennent de plus en plus nombreux entre les communautés agricoles semi-sédentaires de la Chine du Nord, dotées d'un bon artisanat et où la division du travail, bien marquée, traduit déjà un niveau d'organisation sociale complexe. L'expansion du néolithique vers le sud conflue avec la descente d'un deuxième groupe d'Austronésiens (Indonésiens).


La protohistoire Avec le IIIe millénaire, alors que la troisième vague des populations côtières (Austro-Asiatiques) pénètre en Chine du Sud (avant de poursuivre sa progression vers la péninsule Indochinoise), la Chine du Nord, aux groupes ethniques variés et densément occupée par des communautés sédentaires, entre alors dans une phase d'évolution accélérée.


Du début du IIIe millénaire à 1500 av. J-C On peut désormais présenter l'histoire chinoise en quatre séquences, nettement caractérisées, d'un peu plus d'un millénaire chacune, qui reproduisent en termes historiques (c?est-à-dire avec des personnages, des dynasties, des lieux géographiques, des chronologies, etc.) le grand mouvement que l'on vient d'observer depuis le début de la néolithisation: un modèle culturel s'élabore au Nord (généralement dans une portion d'espace restreint correspondant à celui compris entre les villes actuelles de Xi an et de Kaifeng); puis il se répand sur ce qui, au terme de cette histoire, est devenu l'espace chinois proprement dit (celui que l'on appelle la Chine des dix-huit provinces, de peuplement han); enfin, il organise un empire déployé le long des voies de communications internationales, de façon à contrôler les verrous de l'espace chinois (Mongolie, Tibet, Asie centrale, nord de la péninsule Indochinoise, etc.), peuplés de populations non hans.

Au terme de ces crises de gigantisme, l'ensemble se déconstruit selon une logique inverse: l'Empire se rétracte sur la Chine propre, laquelle se refragmente en unités régionales de base (provinces ou groupements de provinces), jusqu'au moment où de l'une de ces unités émerge un nouveau pouvoir central qui entreprend de reconstituer l'espace chinois, puis un nouvel ensemble impérial (et ainsi de suite). Cette respiration de l'histoire chinoise s'accompagne d'une élaboration toujours plus précise du modèle culturel «chinois», qui est diffusé à chaque fois plus profondément parmi les populations non chinoises périphériques.
Les empereurs civilisateurs et la dynastie des Xia
Les premières écritures

La transition vers l'histoire s'effectue quand, au sein de ces cultures néolithiques de la Chine du Nord entrées dans un processus d'unification, se développent de nouvelles techniques: les unes, vraisemblablement importées (parmi lesquelles la métallurgie du cuivre peut-être apportée par les populations de la steppe d'Asie centrale, et la domestication du buffle, venue du Sud), indiquent que des synchronies régionales sont en train de s'élaborer; les autres, de développement local (embryon d'un système de pictogrammes, ancêtre de l'écriture), traduisent le franchissement d'un stade décisif autant dans l'ordre intellectuel que dans celui de l'organisation sociale.

Leur conjonction permet l'émergence d'une véritable organisation politique de type tribal, avec ses chefferies.

Cette phase est bien repérée comme telle par la mythologie historique traditionnelle qui, sur une période que la tradition date de 2852 à 2205, la personnifie à travers neuf empereurs civilisateurs qui auraient enseigné aux hommes la domestication des animaux, la divination, la pêche, l'agriculture, la médecine, le tissage sur métier, la sériciculture et la métallurgie.

Vers la fin du millénaire, une maîtrise croissante des techniques hydrauliques fournissant (tout autant que les imposant) les moyens d'une cohésion politique plus organique et plus durable, ces chefferies tribales doivent former des confédérations préétatiques. Le principe en est rapporté à un ministre des derniers empereurs civilisateurs, le sauveur des inondations, Yu le Grand (2207-2197), fondateur de la légendaire dynastie des Xia (2207-1766), réputée avoir compté dix-sept souverains et dont la capitale aurait été Anyi.
La culture de Longshan et les aristocraties du bronze Sans qu'on puisse toujours établir une relation entre les faits mythologiques et les résultats de fouilles archéologiques, on constate alors l'émergence d'une phase culturelle qui amorce une civilisation proto-urbaine (progrès de l'artisanat, travail des métaux, de la céramique faite au tour de potier, rituels élaborés, etc.).

Cependant, ce n'est pas seulement par le saut technique que se distingue cette phase culturelle, mais aussi par un saut qualitatif dans l'organisation de la société: l'émergence de contraintes collectives sur les terres eut des incidences sur les hommes et s'accompagna inévitablement de tensions sociales et de l'imposition de hiérarchies autoritaires. On voit ainsi se diffuser à partir du domaine d'élection des cultures hiérarchiques de l'Est chinois un mode de vie qui tranche radicalement sur celui des précédentes périodes par le développement de la violence politique (fortification des sites d'habitation).

Ces deux composantes combinées deviendront classiques et dominantes après 2500, sous le nom de culture de Longshan, et se répandront sur une part notable du futur monde chinois: essentiellement sur le Nord et les côtes.

Les moyens de cette violence sont renforcés à la fin du IIIe millénaire par l'introduction, depuis l'Asie centrale, d'une deuxième vague de techniques métallurgiques, celle du bronze, dont le traitement a été probablement repensé par le savoir-faire des artisans chinois. Ainsi sont fabriquées des armes et naît une noblesse guerrière qui retrouve les voies d'une mentalité archaïque de prédation, transférée du monde de la nature à celui des hommes, avec levée de tributs par la contrainte, institutionnalisation de la guerre comme moyen de se procurer, par pillage, des biens, des esclaves, et des victimes à immoler en masse lors des sacrifices aux ancêtres, garants du statut hiérarchique et du lien territorial. La chasse, forme primordiale de la prédation et entraînement à la guerre, se voit alors évidemment reconnaître un grand rôle.


L'émergence des Shang (début du IIe millénaire av. J-C)


La porte de l'histoire achève de s'ouvrir quand un clan du Henan s'impose aux autres, probablement parce que, son domaine étant situé dans un district central de la moyenne vallée du Huanghe, au confluent des cultures de Yangshao et de Longshan, il a pu non seulement en accumuler les acquis, mais encore apparaître territorialement comme l'héritier des traditions représentées par les empereurs civilisateurs et les Xia. Le clan Shang est donc en position d'exercer un magistère spirituel en relation avec un culte du sol des ancêtres, source ultime du pouvoir. Un chef de ce clan, Tang le Victorieux, parvient à fonder une dynastie en 1765 avant J-C (date retenue par la tradition).

Même si pendant les premiers siècles de l'histoire de la dynastie les rois Shang, personnages sacrés, n'ont exercé pour l'essentiel que des fonctions religieuses et au profit d'une nébuleuse de deux à trois cents clans (dont les domaines n'étaient bien souvent que de simples villages), la stabilité dynastique (dix-sept générations) permet à la Chine de constituer les bases de son futur modèle culturel. La dynastie Shang est la première historiquement attestée.

La royauté


À l'abri de palais-capitales entourés de remparts de terre pilée de plusieurs kilomètres de long s'élaborent les principes de l'ordre chinois, et si une montée en puissance s'effectue avec régularité, il reste que le royaume s'apparente pendant longtemps à une confédération fluide. Les découvertes archéologiques tendent, notons-le, à confirmer les dates données par la tradition.


Les Shang (1765 - 1122 av. J-C) Il faut attendre le XIVe siècle pour que, avec le transfert de la capitale à Dayi (aujourd?hui Anyang), cette civilisation palatine soit bien connue, et révèle un système d'écriture déjà riche de quelque 5?000 caractères, une esthétique complexe et raffinée aux formes animalières très stylisées, les débuts de l'architecture en bois, ainsi que des inscriptions sur os et écaille liées à la divination. On note également un nouvel apport de l'Asie centrale avec de nouvelles techniques équestres (char).

Ce n'est qu'au XIIIe siècle que la notion d'État émerge suffisamment pour qu'un roi, par la réforme du calendrier et des sacrifices, affirme le pouvoir politique contre la tutelle des clercs. Si au XIIe siècle les premières inscriptions votives sur vases de bronze attestent une autonomie et une formalisation croissantes du politique, on ne voit cependant pas pour autant se développer les marques d'une véritable bureaucratie. À son apogée, le royaume proprement dit ne dépasse pas la moyenne vallée du Huanghe, mais il rayonne bien au-delà: au sud dans la vallée du Yangzijiang, au nord jusqu'en Mongolie, au moment où dans la steppe du Nord et du Nord-Ouest, le semi-nomadisme pastoral se développe. Ce nomadisme exerce par contrecoup une pression de plus en plus vive sur les clans de l'espace Shang, conduisant à la fin du XIIe siècle au développement puis à la domination d'un clan de l'ouest de la vallée de la Wei, les Zhou, qui, au contact de la steppe, avaient acquis une maîtrise supérieure des techniques cavalières.


Les Zhou antérieurs (XIe siècle - 771 av. J-C)
Chronologie (vers - 1025)

Vers 1121 av. J-C d'après la chronologie traditionnelle, mais plus vraisemblablement dans le courant du XIe siècle, une cité du nom de Zhou (Shenxi) met fin à la dynastie des Shang-Yin. Si les Zhou prolongent culturellement la période Shang (construction, écriture, sépultures, vases de bronze), on entre néanmoins dans une ère d'élaboration plus réfléchie des fondements de l'ordre chinois (théorie du mandat du Ciel, textes géomanciens, succession dynastique de père en fils, etc.) et d'émergence de l'État, car les Zhou, marginaux dans l'espace chinois, assurent leur pouvoir par une administration centrale protobureaucratique non héréditaire.

Mais surtout, divisant leur domaine entre les branches de leur famille et les chefs de clans ralliés, les Zhou multiplient les palais-capitales et ouvrent l'espace économique (artisans et commerçants commencent à se distinguer de la masse paysanne), ce qui se traduit par un grand rayonnement sur les populations environnantes. Parallèlement, l'espace politique déborde le cadre du Huanghe pour atteindre les vallées méridionales du Huaihe et du Yangzijiang.

Mais si le royaume croît, son mode d'administration n'en présente pas moins un danger: la gestion locale décentralisée débouche sur la féodalisation par hérédité, et la pyramide politico-rituelle monocentrique des Shang devient polycentrique. L'affaiblissement des Zhou se marque au début du IXe siècle, quand l'accession au trône du roi Yi est imposée par une coalition de vassaux. Il s'accélère sous le règne suivant (Li, 878-841) quand la dynastie manque d'être renversée. Son destin est enfin scellé avec le passage des peuples de la steppe au nomadisme pastoral, car aux ruptures du front intérieur s'ajoute celle du front extérieur: les cavaliers déclenchent les premières attaques (822), et leur pression conduit bientôt les Zhou à abandonner leurs domaines ancestraux en les contraignant, en 770, à transférer la capitale de Hao (Xi?an) à Luoyang au cœur de la moyenne vallée du Huanghe, région où le roi est tributaire de ses vassaux.


Les Zhou postérieurs (770 - 256 av. J-C) et la période Chunqiu (722 - 481 av. J-C) Le royaume zhou se trouve alors mué en confédération de cités nobles à laquelle les zones du sud du Yangzijiang, qui ont connu leur propre développement indépendamment des Zhou, commencent à participer. La Chine entre ainsi dans une phase sans autorité centrale, alors que les tensions extérieures imposent aux fiefs de trouver en leur sein un chef qui prenne la tête des intérêts militaires de la confédération. Zheng, porte-parole du Nord, le fait au nom des Zhou. Mais le refus des royaumes du Sud institutionnalise l'éclatement de la Chine en une centaine de «seigneuries», qui assument de plus en plus leur autonomie; c'est la période Chunqiu (Printemps et Automnes, 722-481). Qi finit alors par revendiquer l'hégémonie pour lui-même en rompant avec les Zhou (667), et en imposant un serment d'alliance aux autres seigneuries. Le clan héritier des Shang, les Song, espère reconstituer la royauté à son profit, mais il est défait par Chu.

Au cours de ces siècles de compétition entre principautés, leur nombre se réduit rapidement: de vingt-quatre ayant une quelconque importance au VIIe siècle, à quatorze au VIe siècle. À ces transformations politiques (guerres et expansion constantes) s'ajoutent les transformations technologiques (usage du fer vers 600) qui influent sur l'évolution des formes de gouvernement: premier code de loi écrit (536), services de bureaucrates dédoublant ceux des nobles héréditaires; c'est en outre à cette époque que vécurent Confucius et Laozi, les deux philosophes chinois les plus déterminants pour l'évolution du pays. Parallèlement, dans le sud de la Chine, où depuis des millénaires rayonnent les influences culturelles du Nord, commencent à apparaître des «royaumes barbares» du bronze, qui ne devaient pas être sans points communs avec le royaume Shang à ses débuts.


Les Royaumes combattants (453 - 222 avant J-C)
Chronologie (- 453) En Chine du Nord, pendant que se développe l'État proprement dit, les outils de fer et le recours à la traction animale accroissent considérablement la productivité des terres, ce qui favorise l'essor de l'économie, comme en témoigne l'apparition de la monnaie vers 500. En Chine centrale et côtière, le Ve siècle voit l'émergence des royaumes de Wu et de Yueh, sur des terres qui avaient relevé du Longshan mais n'avaient jamais été partie prenante de l'histoire du Nord. Ces nouveaux royaumes participent désormais aux jeux hégémoniques de l'espace chinois, si bien qu'on ne peut plus parler, ni logiquement ni territorialement, d'espace chinois zhou, et ce d'autant plus que ces royaumes périphériques, s'étendant sur les populations barbares environnantes, sont aussi contrastés les uns par rapport aux autres qu'ils le sont globalement par rapport aux royaumes de l'intérieur.

La crise de la société féodale est résolue par le développement d'institutions monarchiques et populistes aboutissant à un État centralisé appuyé (grâce à la suppression des fiefs et à l'élimination de la haute noblesse) sur la paysannerie, source de puissance économique et militaire; mais, en 453 avant J-C, le royaume de Jin est divisé en trois principautés (Han, Wei et Zhao) : commence alors une nouvelle période, dite des Royaumes combattants Zhanguo. Sept royaumes puissants et organisés – aux administrations centralisées confiées à des bureaucrates plutôt qu'à une noblesse héréditaire, développant des systèmes juridiques et fiscaux qui aident à la conscription et aux travaux publics – vont se combattre pendant deux cent cinquante ans.

Le IVe siècle av. J-C voit de notables développements (mise en valeur systématique des plaines du Nord) et progrès techniques et culturels, de l'invention de l'arbalète à la composition de l'Art de la guerre, par Sun Tzu, et au développement des écoles confucianiste (avec Mencius) et taoïste.

À la fin du siècle, l'ancien territoire zhou et les royaumes qui se sont élevés à sa périphérie composent une mosaïque d'une dizaine d'«États», plus ou moins intégrés économiquement mais étrangers les uns aux autres et à ce point conscients de leur identité souveraine que leurs divers princes finissent par se reconnaître mutuellement le titre de roi (335). C'est dans ce contexte d'éclatement que se manifeste un besoin de gestion unitaire: le royaume de Qin, absorbant par la force un royaume après l'autre, accomplira autour de lui l'union de la Chine.
L'empire militaire (221 av. J-C - 907 apr. J-C) On entre alors dans la troisième grande phase de l'histoire de la Chine, celle des empires militaires, par lesquels le Nord prend le contrôle du Sud.
Les Qin et les Han antérieurs (221 av. J-C - 9 apr. J-C)
La Chine des Han (206 av. J.-C - 220 apr. J.-C.) Chronologie (- 206) Chronologie (- 221) L'opération est entamée par le premier empereur, Qin Shi Huangdi, qui, pour fondre les royaumes en un empire (221), brûle les livres, unifie l'écriture, les poids et mesures, établit un code pénal impitoyable. Il s'efforce d'ouvrir une voie d'accès directe aux mers du Sud (les Chinois vont commercer jusqu'à Java). Malgré le succès de l'opération, l'empire éclate avec le fils de Qin Shi Huangdi, Ershi Huangdi (209-207) et l'espace chinois retourne, pour un siècle, à son morcellement. Qu?un aventurier, Liu Bang (Han Gaozu) se taille un fief en Chine du Nord et refonde une dynastie, celle des Han antérieurs (de 206 av. J-Cà 9 apr. J-C), n'empêche pas qu'il en soit réduit à enregistrer la reconstitution des principautés.

Mais, sous les Han, le fer, devenu d'usage courant, permet d'abandonner la pratique du brûlis au profit d'une agriculture individuelle qui conduit à un accroissement démographique autorisant une deuxième construction impériale. Celle-ci est rendue nécessaire par l'émergence de l'empire des Huns, avec lequel se joue l'avenir des communications entre Chine et Occident. Elle est l'œuvre de l'empereur Wudi (140-87); il commence par réformer les institutions, fait disparaître les frontières intérieures (ce qui est favorable aux progrès du commerce et de l'artisanat), et reprend la politique d'expansion. Non content de contrôler le Sud, il tient la route de la soie. Ainsi la Chine se trouve-t-elle bientôt au centre d'un gigantesque espace politique qui s'étend de Fergana (dans l'actuel Ouzbékistan) au Pacifique et de la Corée au centre du Viêt-nam, et qui restera le cadre de référence de l'espace chinois jusqu'à nos jours.
Les Han postérieurs et la dislocation impériale (25 - 304) Mais au-delà d'incontestables succès, cette politique impériale entraîne une crise financière en même temps que politique en raison d'un excès de centralisation, et conduit à la brève usurpation d'un dignitaire, Wang Mang (9-23). L'empereur Guang Wudi restaure la dynastie et déplace la capitale de Chang an à Luoyang, ce qui donne une nouvelle importance au nord-ouest de la Chine. Reprenant à nouveau une politique expansionniste, la Chine brise l'empire des Huns et fait sa jonction avec les Kouchans de l'Inde du Nord. Il s'en fallut de peu qu'elle n'entrât directement en contact avec Rome. Ayant atteint leur objectif, les Han arrêtent (vers 100) leurs guerres d'expansion, et la Chine connaît une phase de prospérité culturelle (invention du papier, premiers dictionnaires).

Cependant, la dynastie ne parvient pas à juguler la crise institutionnelle et administrative liée à son gigantisme et perd la réalité de son pouvoir après 150; ainsi, bien que le commerce international maritime reste actif, l'empire entre dans un processus de délitement intérieur qui se conjugue avec la réémergence d'un empire nomade offensif en Mongolie, celui des Xianbei. Ce dernier perturbe le trafic caravanier de l'Asie centrale, que la révolte intérieure des Turbans jaunes achève de ruiner en 184.

S'ouvre alors une longue période (190-310) au cours de laquelle les chefs d'armée finissent par se partager l'ensemble chinois. En effet, à la dynastie impériale des Han postérieurs (25-220) succède la période dite des Trois Royaumes (grande époque de la chevalerie chinoise, 220-280), avec le royaume de Wei (vallée du Huanghe), et deux pouvoirs méridionaux, les Shu dans le Sichuan et les Wu dans le bas Yangzijiang et quelques régions plus au sud. La réunification par les Jin de l'ouest (280-304) n'est qu'un rideau de fumée et l'empire poursuit en réalité sa décomposition, dont profitent les Barbares cantonnés le long des frontières pour pénétrer en Chine.


Le temps des Barbares (304 - 589) Après les premières révoltes des Barbares (304), et surtout la prise de Luoyang, la vieille capitale impériale, par les Xiongnu (nomades asiatiques) en 311, s'ouvre une période obscure de trois siècles. Si la Chine du Nord voit l'étonnante succession des dynasties éphémères de «seize royaumes» barbares (304-439), un membre de la famille impériale qui s'était réfugié à Nanjing (Nankin) restaure (318) la dignité impériale (dynastie des Jin de l'Est ou Tsin méridionaux), dans une Chine du Sud qui reste prospère grâce à ses relations maritimes. Puis Chine du Nord et Chine du Sud inversent leur trajectoire.

Au Nord, la situation se stabilise quand une bande turque, les Topa, avec Kouei (386-409), entame un processus d'unification. En même temps qu'elle se sinise, cette bande donne naissance à l'empire des Wei (426-534), qui se convertit au bouddhisme (452) et reprend le trafic caravanier en Asie centrale: ainsi commercialement réanimée, la Chine du Nord retrouve son dynamisme. Mais, dans la vallée du Yangzijiang, les grandes familles terriennes constituent une aristocratie endogame qui domine un pouvoir central de plus en plus faible. En 420, Liu Yu renverse les Jin et les dynasties se succèdent si rapidement (Song, 420-478; Qi, 479-501) que l'Empire devient une façade. Puis Chine du Nord et Chine du Sud retrouvent un destin parallèle: la situation dans le Sud se détériore avec les Liang (502-557) puis les Chen (557-588), tandis qu'en Chine du Nord une guerre civile ravage l'empire des Wei (523).

C'est alors que de ces aristocraties militaires de sang mêlé du Nord sortent successivement deux dynasties qui vont refaire l'Empire. La première, les Sui, récupère la succession des segments dynastiques du Nord, puis reprend le contrôle du Sud (589).
Sui (589 - 617) et Tang (618 - 907)
L'Asie vers 750 La Chine des Tang (618-907)

Les Sui (589-617) cimentent l'Empire dans la lignée des institutions Wei, sous le patronage d'une forme de bouddhisme acceptable du nord au sud, et par un réseau de communications fluviales (Grand Canal). Mais l'effort est trop vif et une révolte porte au pouvoir les Tang (618) qui, après avoir détruit au nord les Turcs orientaux (630), instaurent leur pouvoir en Asie centrale. Dans les années 660, l'Empire chinois atteint son extension maximale avant les conquêtes mandchoues du XVIIIe siècle, suscitant à sa périphérie la création d'une couronne d'États sinisés: Koryo en Corée, Bohai en Mandchourie, Nanzhao au sud-ouest.

De 590 à 755, l'aristocratie sino-barbare, qui domine au commencement du nouvel Empire, entre en lutte avec une nouvelle classe de fonctionnaires créée afin de renforcer l'armature administrative de l'État. Le système des allocations de terres à la paysannerie et de contrôle des propriétés foncières, qui s'est perpétué en Chine du Nord depuis la formation de l'État centralisé, est en déclin; il est remplacé, dès la fin du VIIIe siècle, par un système d'impôts sur les récoltes: aux droits sur les hommes et leur travail se substituent des droits sur les terres. De façon parallèle, la conscription va faire place au mercenariat.

L'Islam, après avoir pris le contrôle des voies maritimes, s'attaque à l'Asie centrale et vainc les Chinois à la bataille de Talas (751). Cette défaite éveille les ambitions des Turcs et des Tibétains, et provoque une révolte générale dans l'empire. En 762, les Tang restaurent l'ordre mais abandonnent leurs tributaires de l'Asie centrale. La Chine entre alors dans une phase (755-960) où l'aristocratie guerrière qui avait réunifié le pays est éliminée en même temps que la nouvelle classe de fonctionnaires qui s'était formée au cours de la période précédente. Des aventuriers se constituent des armées de mercenaires et se partagent le pays. La défaite des Ouïgours par les Kirghiz (840) marque le début de la crise. Une jacquerie dirigée par Huang Chao s'empare de Chang?an. Le pouvoir des Tang cesse en 907, alors que le Sud commence à disputer au Nord la suprématie économique.


L'empire mandarinal : apogée et déclin


On entre alors dans la dernière phase, celle de l'empire mandarinal, dont la dynamique économique repose de plus en plus sur le Sud. Elle débute par une phase d'éclatement avec la période des Cinq Dynasties au Nord et des Dix Royaumes au Sud, crise d'autant plus sensible que, au lendemain de la disparition du dernier Tang, un groupe barbare, les Khitan, relève la dignité impériale sous le nom de Liao (947-1125) en Chine du Nord.
Les Song (960 - 1278)
La Chine des Song et des Yuan (960-1368) Chronologie (960) Le désordre dure jusqu'à la réunification par un chef d'armée qui fonde la dynastie des Song (960) et stabilise les frontières par un traité avec les Liao en 1004, puis avec les Xi Xia en 1044.

La Chine est alors intégrée à l'économie maritime du monde indien et connaît la prospérité: la circulation monétaire et commerciale se généralise, à tel point qu'apparaît le premier véritable papier-monnaie (1024). Cette grande période de civilisation (invention des caractères mobiles d'imprimerie, premier usage de la boussole sur les navires chinois) voit également le développement rapide du corps des fonctionnaires et le perfectionnement de la machine administrative.

Une nouvelle classe de familles lettrées qui vivent du produit de la rente foncière se constitue et va dominer la vie politique chinoise jusqu'à l'époque contemporaine pour former l'empire mandarinal. En 1125, les Khitan sont défaits par les Jürchen, qui fondent une dynastie à prétention impériale, les Jin, avec Pékin pour capitale (1151); les Song se réfugient au sud du Yangzijiang et transfèrent leur capitale à Hangzhou.
La dynastie mongole des Yuan (1260 - 1367)
Chronologie (1279) Chronologie (1264) Au milieu de cette prospérité la menace repart du Nord avec les Mongols. Après avoir pris le contrôle de la Chine du Nord et établi la dynastie Yuan en 1260, ils se lancent à l'assaut de la Chine des Song. La prise de Canton (1277) marque la fin de la résistance.

Les Mongols installent des résidents jusqu'en Asie du Sud-Est. Avec leur régime autoritaire apparaît le système des véritables provinces, centres administratifs dépendant directement du gouvernement. Après une phase de prospérité, les rivalités entre les khanats mongols, qui ont étendu leur territoire de la Corée à la Russie, et l'impossibilité de s'assurer durablement de l'Asie du Sud-Est, qui était la clé des relations maritimes, provoquent une crise politique et financière. Vers 1350 éclate une révolte populaire dans l'empire qui conduit à l'établissement de la dynastie des Ming (1368), et les derniers Mongols refluent vers l'Asie centrale (1387).
Les Ming (1368 - 1644)
La Chine des Ming (1368-1644) Chronologie (1368)

Les Ming (1368-1644) tentent de réorienter la Chine vers ses bases agraires et administratives (recrutement d'une administration par concours). Puis, au XVe siècle, ils reprennent la politique des Song et des Mongols, traitant en tributaires les principautés indochinoises et lançant de grandes expéditions qui précèdent celles des Portugais: en 1405, l'amiral Cheng Ho conduira ses flottes à travers l'océan Indien, jusqu'en Afrique et en Arabie.

Mais ils doivent bientôt renoncer à leur politique maritime et abandonner Nankin pour Pékin (1421), car les Mongols redeviennent menaçants. L'Empire retrouve une logique continentale dans un idéal d'autarcie économique et d'isolationnisme politique, bien que l'activité marchande et commerciale orientée vers le Sud ne se démente pas.

L'arrivée des Occidentaux en mer de Chine donne un nouvel élan aux échanges. Les Mongols ne cessant d'attaquer, les Ming abandonnent l'Asie centrale et, dans la première moitié du XVIe siècle, se fortifient: à l'abri de la Grande Muraille, la Chine connaît la prospérité. Mais l'excès de centralisation entraîne une dépression économique. Le développement des grands domaines provoque une crise de la paysannerie, ruine la pyramide sociale et féodalise l'État. À la fin du XVIe siècle, l'afflux d'argent du Nouveau Monde permet de redresser la situation, mais les Mandchous (Jürchen), profitant du désordre croissant, progressent de manière foudroyante, et les derniers reliquats des Ming dans l'extrême sud de la Chine disparaissent en 1644.


Les Qing (1644-1911)
Chronologie (1644) La nouvelle dynastie, les Qing, adopte pour l'essentiel les institutions de la dynastie des Ming, et se concilie ainsi les anciennes classes lettrées. Une prospérité sans précédent contribue à la paix sociale. Les Mandchous, après avoir signé avec les Russes le traité de Nertchinsk (1689), se retournent contre les Mongols qu'ils finissent par écraser au terme de plus d'un demi-siècle de durs combats (fin de l'Empire dzoungare en 1758).

La seconde moitié du XVIIIe siècle voit l'apogée de l'Empire mandchou, dont l'influence s'étend de la basse Volga au Pacifique, de la mer d'Okhotsk à la péninsule Indochinoise. La population passe d'une centaine de millions d'habitants au début du XVIIIe siècle à plus de 300 millions au début du siècle suivant. Mais l'Empire chinois entre dans une crise structurelle.


Chronologie (1851) Chronologie (1839) Le régime impérial va être soumis à une double pression: celle, interne, des sectes et des sociétés secrètes qui, du Lotus Blanc en 1796 aux Boxers en 1900, vont combattre la dynastie mandchoue au nom d'idéaux divers, tantôt modernistes, tantôt traditionnels et xénophobes; celle, externe, des puissances européennes, à commencer par la Grande-Bretagne, qui, de traités en interventions armées, vont sans cesse obtenir de nouveaux avantages commerciaux et territoriaux (les «concessions»). Les guerres de l'Opium (1842 et 1856) voient la Grande-Bretagne imposer à la Chine l'entrée sur son territoire de l'opium indien, mais provoquent le soulèvement de Hong Xiuquan qui proclame l'Empire céleste de la Grande Paix (Taiping): le mouvement ne sera réduit qu'en 1864 avec l'aide des Occidentaux, qui se livrent une concurrence diplomatique et commerciale acharnée, mais organisent à plusieurs reprises des expéditions contre Pékin – en 1860: bataille de Palikao (Baliqiao) et sac du palais d'Été.


L'expansion japonaise (1875-1943) Chronologie (1895) La première guerre perdue contre le Japon (1894-1895) pour le contrôle de la Corée et la mainmise de la Russie sur la Mandchourie (1896-1898) créent un climat favorable à un sursaut politique et à la modernisation du pays (c'est la période des «Cent Jours» du mandarin Kang Youwei), mais l'impératrice Cixi fait annuler les réformes. Sa mort et celle de l'empereur Guangxu (1908) entraînent l'avènement d'un prince de trois ans, Puyi, et précipitent l'effondrement de la dynastie.


La République chinoise (1911-1949)


Sun Yat-sen, qui fonde l'Association pour la régénération de la Chine en 1900 puis le Guomindang (parti national du peuple) en 1908, fait proclamer, le 29 décembre 1911, la République, dont il devient le premier président le 1er janvier 1912. Mais il est contraint de s'incliner devant le général Yuan Shikai, qui s'empare du pouvoir en quelques semaines.


Yuan Shikai (1912-1916) Yuan obtient successivement l'abdication de l'empereur (12 février 1912) et le départ de Sun Yat-sen (10 mars 1912), puis dissout le Guomindang (4 novembre 1913) et l'Assemblée nationale (15 décembre 1913). Les Japonais profitent alors de la confusion et de l'engagement des puissances occidentales dans la Première Guerre mondiale pour chercher à s'installer durablement en Chine : le 18 janvier 1915, ils présentent au gouvernement chinois les «vingt et une demandes», qui comprennent le transfert au Japon des droits que l'Allemagne avait obtenus dans le Shandong — région conquise en 1914 par les Japonais  —, la concession de divers droits nouveaux notamment sur la Mandchourie et en Mongolie, jusqu'au contrôle par le Japon de divers aspects de la politique et des finances de la Chine. Yuan accède à la plupart de ces exigences — mais pas le droit de contrôle sur la politique chinoise —, et meurt après avoir échoué à se faire reconnaître comme empereur, le 6 juin 1916.


Seigneurs de la guerre et Guomindang (1916-1939) La Chine est aussitôt déchirée par les rivalités des généraux, les «seigneurs de la guerre», tandis que Sun Yat-sen établit un gouvernement nationaliste à Canton en 1917. Les puissances occidentales tentent de contrecarrer la politique d'expansion japonaise en déclarant, lors de la conférence de Washington de février 1922, le principe de la «porte ouverte» ou de la «chance égale pour toutes les nations en Chine», et elles rendent aux Allemands les droits qu'ils avaient acquis sur le Shandong. La mort de Sun Yat-sen (12 mars 1925), fait éclater le Guomindang en deux fractions : l'une dure, avec notamment la veuve de Sun, Song Qingling, l'autre modérée, avec Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek). Dans le même temps, le Parti communiste chinois (PCC), créé en 1921, s'organise peu à peu et se développe ; sur l'ordre du Komintern, qui prône alors la politique de front uni, le parti s'allie une première fois au Guomindang pour mener une «guerre civile révolutionnaire», mais il subit de graves défaites en 1927 (massacre des communistes de Shanghai par les troupes de Jiang Jieshi en avril). Les communistes se réfugient aux confins du Hunan et du Jiangxi et réorientent leur politique en travaillant à établir des «bases rouges» paysannes.


La Longue Marche (1934-1935) La Chine est alors le théâtre d'un double conflit : entre les nationalistes de Jiang Jieshi et les communistes de Mao Zedong d'une part ; entre l'ensemble de ceux-ci et le Japon, qui occupe depuis 1931 la Mandchourie. Tandis que Nankin devient la capitale des nationalistes, les communistes échappent aux cinq grandes «campagnes d'encerclement et d'anéantissement» menées par les forces nationalistes entre 1930 et 1934, puis, au terme de la Longue Marche (1934-1935) qui les mène du Jiangxi au Shaanxi, ils créent un État autonome avec Yan?an pour centre. En décembre 1935, les communistes, considérant que la situation du moment «se caractérise principalement par les efforts de l'impérialisme japonais pour transformer la Chine en une colonie», font taire les oppositions «de gauche» à l'idée d'un «front uni antijaponais» avec le Guomindang. Communistes et nationalistes chinois se retrouvent donc unis, du moins en apparence, face au Japon.


Guerre contre le Japon et guerre civile (1937-1949)


La Chine, en guerre officiellement contre le Japon — les Japonais s'emparent de Pékin en 1937 —, est bientôt l'un des fronts de la Seconde Guerre mondiale : communistes et nationalistes — ces derniers ont transféré leur capitale à Chongqing et bénéficient de l'aide des États-Unis —, combattent tantôt unis, tantôt séparés, et se disputent le contrôle des régions libérées. Dès 1938, les Japonais ont pris possession des principaux sites stratégiques sur le plan productif — Pékin, Canton, Shanghai et Wuhan sont entre leurs mains —, et ils ne cherchent pas à étendre leurs conquêtes militaires vers l'ouest, ce qui leur aurait coûté trop d'efforts en hommes, en matériel et en temps à un moment où d'autres fronts requièrent leur attention. Des raids aériens frappent cependant la capitale, Chongqing, avec l'espoir de faire ainsi tomber le régime nationaliste, mais l'entrée en scène des chasseurs du général américain Chennault suffit à éloigner la menace.

Les Japonais tentent cependant une offensive d'envergure à partir d'avril 1944 (opération Ichigo, soit «numéro un» en japonais) dans le but de tourner la supériorité navale des États-Unis et de relier, par terre, la Corée au Viêt-nam. Si l'offensive japonaise réussit à créer un corridor, elle a surtout pour effet de porter un coup sévère aux troupes nationalistes sur le territoire desquels les Japonais ont taillé leur voie de passage. En 1945, la capitulation du Japon modifie d'un coup les données politiques et militaires en Chine.

Les communistes contrôlent alors des régions qui regroupent 95?5 millions d'habitants, selon ce qu'affirme Mao Zedong dans Du gouvernement de coalition (avril 1945). Dans ce même texte, il indique que la nouvelle politique du parti communiste sera, à la libération, de former un gouvernement démocratique de coalition, et il affirme ne pas rejeter le capitalisme mais au contraire vouloir le développer «jusqu'à un certain degré». Face au PCC, le Guomindang, fort de l'aide américaine et de sa supériorité numérique, cherche à en finir avec la menace communiste. Cependant, alors que Roosevelt s'était engagé, lors de la conférence du Caire en novembre 1943, à aider le gouvernement de Jiang Jieshi à constituer quatre-vingt-dix nouvelles divisions et même à maintenir des forces en Chine jusqu'au rétablissement de la république, il accepta, lors de la conférence de Téhéran en décembre 1943, que l'Union soviétique prenne part à la guerre en Extrême-Orient, en échange, entre autres, de diverses concessions en Chine - par l'accord de Yalta, Staline s'engage en effet à déclarer la guerre au Japon au plus tard trois mois après la fin des opérations militaires en Europe.


La victoire des communistes Cette réorientation de la diplomatie américaine, en permettant à l'Union soviétique de jouer un rôle en Extrême-Orient, a des conséquences décisives : à la capitulation du Japon, l'Union soviétique peut occuper la Mandchourie sans crainte de représailles, tandis que seules trente-neuf divisions sur les quatre-vingt-dix promises par les Américains aux nationalistes chinois sont effectivement constituées. Les Américains tentent alors de promouvoir une solution pacifique et réunissent les représentants du Guomindang et du parti communiste sous la présidence du général George Marshall. Un cessez-le-feu entre les deux partis est signé le 10 janvier 1946, puis les négociateurs prévoient de convoquer une Assemblée nationale pour le mois de mai - qui ne sera finalement réunie qu'en mars 1948. Cependant, la guerre civile reprend dès février 1946. Les communistes tirent profit des atermoiements américains : alors que les nationalistes remportent des victoires qui pourraient être décisives, Marshall impose un nouveau cessez-le-feu, tandis que Staline décide d'aider les communistes chinois. Lorsque Marshall rentre aux États-Unis, en janvier 1947, il ne peut que constater son échec : les États-Unis ont privé les nationalistes de toute aide militaire parce que ceux-ci n'ont pas respecté la trêve. Jiang Jieshi se trouve ainsi en position d'infériorité, même s'il a été réélu président de la République à Nankin en 1948 ; les nationalistes perdent peu à peu le contrôle des grandes villes devant l'avance de l'Armée populaire de libération, qui bénéficie en outre de la défection de plusieurs unités nationalistes. Le 1er octobre 1949, Mao proclame à Pékin la République populaire de Chine.


La république populaire : l'ère Mao (1949-1976)
Chronologie (1949) Chronologie (1949) L'avènement de la république populaire de Chine marque une rupture avec les décennies précédentes. La première évidence est l'ordre, qui se substitue, au moins en apparence et dans un premier temps, au chaos dans lequel était plongé le pays. Les étrangers, dont le rôle avait été si néfaste depuis un siècle, disparaissent avec le départ des Japonais et des conseillers américains du Guomindang. La période qui va de 1949 à 1976, année de la disparition de Zhou Enlai puis de Mao Zedong, est marquée par le primat de la politique («Mettre la politique au poste de commande», ainsi que le déclare Mao), ce qui entraîne une distorsion de tous les autres champs, qu'il s'agisse de la société, de l'économie, de la diplomatie, qui se trouvent sous l'influence directe des conflits politiques agitant la direction du parti. Analyser la Chine maoïste aboutit ainsi souvent à un dilemme : telle décision, telle orientation, vient-elle d'une volonté politique «révolutionnaire» ou est-elle dictée par des circonstances que le discours politique s'entretient à maquiller?? Dans l'appréciation du «modèle chinois», ces enjeux politiques et idéologiques n'ont toujours pas disparu : à une sympathie parfois excessive des premiers analystes de l'expérience maoïste jusque dans les années 1970 succède une vision contemporaine hostile, qui explique souvent les événements par le «délire» des dirigeants. Pourtant, manquent encore beaucoup de données statistiques fiables et des témoignages dépassionnés qui permettraient d'apprécier cette période de façon plus réaliste.

La Chine en 1949 Lorsque les communistes accèdent au pouvoir, ils trouvent un pays en proie au chaos : des millions de Chinois n'ont plus de quoi se nourrir ; la misère dans les villes est effrayante ; une partie des troupes du Guomindang résiste encore et ne se rendra qu'en 1950 ; les dégâts causés par la guerre sont considérables, et il faut y ajouter le démontage, par les Soviétiques, des usines installées en Mandchourie, lesquelles jouaient un rôle essentiel dans les domaines de l'énergie, des textiles ou de la chimie ; enfin, l'inflation atteint des niveaux inconnus jusque-là. Ainsi, alors que le cours du yuan-or avait été établi à un quart de dollar le 19 août 1948, il en faut 23 millions en mai 1949 pour acquérir un dollar. Les nationalistes, eux, soit quelque 2?1 millions de personnes, dont un demi-million de soldats, ont trouvé refuge à Taiwan.


La politique intérieure de 1949 à 1976 Par la «dictature démocratique du peuple», le Parti communiste chinois (PCC) se donne pour tâche d'en finir avec «l'impérialisme, le féodalisme et le capitalisme». La politique intérieure chinoise est la résultante complexe de nécessités économiques concrètes, de luttes de factions au sein du PCC, d'influences extérieures — notamment soviétique jusqu'au début des années 1960 — et d'aléas comme une bonne ou une mauvaise saison, la Chine restant un pays très largement agricole, soumis en conséquence aux conditions naturelles. (Les faits de politique extérieure sont traités plus bas.)


La référence soviétique (1950 - 1955) Dans les premières années de la reconstruction, le PCC ne peut guère compter que sur l'aide soviétique. Les dirigeants chinois, qui pensent en effet que «la neutralité n'est qu'un camouflage» (Mao), choisissent sans ambiguïté le camp soviétique, les États-Unis étant le principal représentant de l'impérialisme honni.

L'industrie et le commerce. L'aide de Moscou se concrétise par un premier traité économique, signé dès février 1950, qui accorde à la Chine un crédit de 300 millions de dollars — qui ne représente cependant qu'une partie de la valeur des matériels démontés par les Soviétiques en Mandchourie, et qui est inférieur de moitié à l'aide accordée au même moment par Staline à la Pologne, par exemple. L'aide soviétique se compte également en grands projets d'industrie lourde, y compris l'envoi d'ingénieurs (environ dix mille) pour les mettre sur pied, ce qui a pour conséquence de lancer la Chine dans l'imitation du «modèle» soviétique : adoption de plans quinquennaux, dont le premier commence en 1955 et pour la réalisation duquel l'aide soviétique est déterminante, notamment dans la production de fer et d'acier, le développement des transports ferroviaires et la production de pétrole ; développement de l'industrie lourde (52 % du total des investissements du premier plan quinquennal lui sont consacrés), au détriment de l'industrie des biens de consommation (6?5 %) et de l'agriculture (7?6 %) ; système d'enseignement calqué sur le système soviétique… Les entreprises privées sont nationalisées : 95?7 % d'entre elles le sont à la fin de 1956, tandis que les objectifs des planificateurs sont sans cesse revus à la hausse, dans un grand mouvement d'émulation socialiste. En nationalisant le commerce de gros et en développant les coopératives, l'État prend progressivement le contrôle de l'ensemble des échanges. Le dépôt obligatoire à la banque d'État de l'or, de l'argent et des devises, effectué en corrélation avec la création du renminbi («monnaie du peuple»), permet de rétablir les circuits monétaires. Les échanges extérieurs se déroulent en priorité avec l'Union soviétique, qui représente 55 % du commerce extérieur de la Chine entre 1952 et 1955.

La réforme agraire. La réforme agraire, qui doit permettre d'en finir avec le féodalisme, est conduite d'une manière radicale par l'expropriation des propriétaires fonciers. Proclamée le 28 juin 1950, elle tente de mettre en application le principe «La terre à celui qui la cultive». Son résultat est indéniable : en 1953, quelque 120 millions de paysans pauvres deviennent propriétaires et 180 millions voient leur parcelle augmentée (leur lopin est alors en moyenne de 0?8 ha contre 1?2 ha pour les paysans riches, catégorie comprenant tous les paysans qui employaient auparavant des ouvriers agricoles) ; 46 millions d'ha sur 107 au total ont été enlevés aux propriétaires fonciers et redistribués. Ce succès se révèle cependant fragile : lors de la phase suivante, qui consiste à entamer le processus de collectivisation des terres, les paysans nouvellement propriétaires ne comprennent pas pourquoi il faut désormais travailler en commun, et nombre d'entre eux choisissent alors de nuire aux coopératives qui se mettent malgré tout en place — la Chine en compte 400?000 à la fin de 1954. Dès 1955, dans certaines provinces, des coopératives sont dissoutes (15?000 sur 53?000 au Zhejiang). Mao décide d'accélérer le mouvement, et, à partir de 1956, le parti va forcer les paysans à la collectivisation. La mobilisation des masses. Le régime communiste revendique ouvertement sa nature «dictatoriale démocratique», puisqu'il s'agit, entre autres, d'extirper toute référence réactionnaire, tant de la société que des champs politique et culturel. Au départ, il ne s'agit que de simples mesures de police : surveillance des notables et des «réactionnaires», ou éradication de la prostitution. Puis la surveillance de la société par le parti devient plus massive et plus importante. Une adhésion réelle est demandée au peuple, qui aboutit assez vite à des effets pervers. La répression s'accroît sensiblement dans les périodes de difficultés économiques ou politiques, en prenant notamment la forme de «campagnes de masse» ; les cadres du parti sont souvent conduits à des excès de zèle pour se faire valoir de leurs supérieurs, qu'il s'agisse d'améliorer les niveaux de production que leur demande le parti, ou de dénoncer une part plus importante de «réactionnaires» que celle fixée par le Bureau politique. Ces excès conduisent à des campagnes de rectification internes au parti, soit contre les «tendances réactionnaires» et les «bourgeois», soit contre l'«impétuosité» de certains cadres et les «gauchistes» — ces campagnes font elles aussi de nombreuses victimes innocentes si l'on en juge par le nombre de personnes réhabilitées à partir de 1978. Renforcer le contrôle du parti par des campagnes de masse est ainsi un objectif prioritaire. Les contre-révolutionnaires, «chefs de bandits, despotes locaux et agents secrets», selon une directive de Mao pour le Comité central de 1951, sont pour certains d'entre eux exécutés, en général immédiatement après le jugement ; d'autres sont envoyés en camp de rééducation ou de réforme par le travail ; d'autres enfin sont incarcérés. Durant l'hiver 1951-1952, la campagne dite des Trois Anti (sanfan) vise à extirper le gaspillage, la corruption et la bureaucratie du personnel des organismes et entreprises d'État, qui sont souvent des fonctionnaires hérités de l'ancien régime. Suit la campagne des Cinq Anti (wufan), déclenchée au début de 1952 contre les «cinq vices» des industriels et des commerçants : pots-de-vin, fraude fiscale, détournement des biens de l'État, escroquerie dans l'exécution des contrats passés avec l'État et vol des informations économiques. Les directives que donne Mao précisent les différents cas : «Dans le mouvement des Cinq Anti, les principes fondamentaux à observer pour traiter les cas des entreprises industrielles et commerciales sont les suivants : clémence pour les infractions anciennes, sévérité pour les infractions récentes ; clémence pour la majorité, sévérité pour la minorité ; clémence pour qui avoue, sévérité pour le récalcitrant ; indulgence pour l'industrie, sévérité pour le commerce ; indulgence pour le commerce normal, sévérité pour le commerce spéculatif» (Sur les luttes sanfan et wufan, 1952). C'est à partir d'un tel canevas que les responsables locaux du parti doivent déterminer la «ligne juste», afin de «frapper avec sûreté, précision et sévérité» (Mao).

Le parti tente très tôt de contrôler les intellectuels, tels que Hu Feng, un écrivain connu qui estime que la Chine est près d'aboutir à une «uniformité de l'opinion publique» ; il dénonce l'idéologie communiste et l'imposition, par le parti, des thèmes que les intellectuels sont autorisés à traiter. Hu Feng est arrêté en 1955 — il sera réhabilité en 1978. Dans le même temps, le parti se renforce pour atteindre 6?3 millions d'adhérents en 1953 et 9?3 millions en 1956, dont 14 % d'ouvriers.

La loi sur le mariage (30 avril 1950), qui s'attaque à un aspect fondamental de la morale confucéenne, abolit le «système matrimonial féodal» : les droits de la femme sont désormais égaux à ceux du mari ; les mariages arrangés, le concubinage, la polygamie et les fiançailles d'enfants sont interdits ; les veuves sont autorisées à se remarier ; le divorce est permis et les enfants naturels ont les mêmes droits que les enfants légitimes.


De la mésentente avec l'Union soviétique à la rupture Le 31 juillet 1955, Mao lance «un mouvement socialiste de masse dans les campagnes» : il s'agit de mettre en place la «coopération agricole» (Sur le problème de la coopération agricole, 1955). Ce mouvement, qui rencontre peu de résistances semble-t-il, est un échec — les récoltes sont médiocres — et cesse dès l'été 1956. Entre-temps, le XXe congrès du parti communiste d'Union soviétique (PCUS), au cours duquel est dénoncé le culte de la personnalité et la politique de Staline, ainsi que la crise de 1956 en Europe de l'Est conduisent Pékin à prendre ses premières distances d'avec Moscou.

Un discours de Mao du 25 avril 1956, intitulé Sur les dix grands rapports, rend compte de ces premières dissensions idéologiques. Alors que «les erreurs apparues au cours de l'édification socialiste de l'Union soviétique […] ont été mises au jour récemment», Mao invite les Chinois à ne plus tant «négliger la production des moyens d'existence, en particulier des céréales» — le «rapport» entre l'industrie lourde d'une part, l'industrie légère et l'agriculture d'autre part, était alors trop favorable à la première. Dans le même texte d'orientation, Mao invite à reconsidérer neuf autres «rapports», dont celui entre les régions côtières et celles de l'intérieur, les autorités centrales et les administrations locales, entre les Han et les minorités nationales, et entre la Chine et le reste du monde. Dans les années suivantes, la question de la fourniture à la Chine d'un armement nucléaire — ce que finiront par refuser les Soviétiques — contribue à tendre davantage les rapports entre les deux voisins. L'amitié entre les deux pays ne se dément pourtant pas tout de suite — Mao effectue encore un voyage à Moscou en 1957 —, et l'aide soviétique ne cesse qu'en juillet 1960.

La Chine vient de connaître une période de développement remarquable, puisque le taux de croissance de la production industrielle atteint 18 % par an entre 1953 et 1957. L'industrie lourde s'est considérablement développée : doublement de la production de charbon (130 millions de tonnes en 1957) et quadruplement de celle d'acier (5?3 millions de tonnes).

Notons qu'en 2002, cette période est encore considérée par les dirigeants chinois comme positive dans l'expérience du communisme chinois, ce qui n'est pas le cas de la longue période qui s'ouvre en 1957 pour se terminer par la mort de Mao en 1976.
Les Cent Fleurs (1956-1957) Chronologie (1956)

Le mouvement des Cent Fleurs, qui débute en 1956, semble au départ correspondre à une libéralisation de la vie politique et intellectuelle : «Que cent fleurs s'épanouissent, que cent écoles rivalisent?!» En réalité, et à la suite des difficultés économiques, la politique de Mao est remise en cause lors du VIIIe congrès du PCC, qui se tient du 15 au 27 septembre 1956. Liu Shaoqi présente le rapport politique, qui est un désaveu modéré de la ligne de Mao et un plaidoyer pour un retour à une construction «pas à pas» du socialisme. Mao répond en transformant les Cent Fleurs en campagne de rectification : les masses sont invitées à critiquer le parti, afin que celui-ci se corrige. Le 27 février 1957, Mao prononce l'un de ses discours les plus célèbres : De la juste solution des contradictions au sein du peuple. Dans cette définition de la ligne «correcte», chacun semble encouragé à exprimer ses doléances afin de démasquer les ennemis du peuple qui évoluent encore au sein de la société socialiste, mais Mao, après avoir constaté à quel point les critiques se déchaînent contre le parti, dirige la campagne contre les «droitiers bourgeois» accusés en juin par le Quotidien du peuple de vouloir nuire à la construction de la Chine socialiste. Quelque 400?000 personnes sont alors envoyées en camp de rééducation par le travail, et 300?000 cadres du parti sont éliminés, dont une bonne partie sont envoyés à la campagne — politique qui connaît à partir de ce moment un développement parfois considérable.


Le Grand Bond en avant (1958-1960) Chronologie (1958)

Le «Grand Bond en avant», mené au nom de l'idéologie de 1958 à 1960, constitue une rupture nette avec le modèle soviétique. Mao lance un gigantesque mouvement volontariste visant à abolir les «contradictions au sein du peuple», c?est-à-dire les oppositions fondamentales entre les villes et les campagnes, l'industrie et l'agriculture, les intellectuels et les travailleurs manuels… Le pouvoir compte sur une industrialisation des campagnes ; il s'agit de «livrer un combat contre la nature», selon ses propres termes. Le but proclamé est de «rattraper la Grande-Bretagne en trois ans et les États-Unis en quinze ans», avec des objectifs de production souvent exagérés, par exemple 10?7 millions de tonnes pour l'acier, soit un doublement en quelques mois de la production. Sur le plan idéologique, les dirigeants chinois font preuve de triomphalisme : pour eux, l'épicentre des révolutions s'est déplacé vers l'est — ce dernier élément sera au centre de la rhétorique maoïste jusque dans les années 1970.


Les paysans sont pour leur quasi-totalité intégrés dans des coopératives socialistes de «type supérieur», les communes populaires rurales, qui sont créées en 1958 et qui sont censées fonctionner selon des principes socialistes. Outre leur travail en brigade, ils doivent participer à des grands travaux collectifs, notamment d'irrigation. Le processus de collectivisation s'accélère : suppression des lopins et du bétail privés, multiplication des équipements collectifs (crèches, cantines). Le pouvoir cherche à briser la cellule familiale — foyer de résistance passive — tout en entraînant les femmes à se consacrer aux activités productives. La généralisation des petits hauts fourneaux inaugure l'industrialisation des campagnes, mais l'acier qu'ils produisent s'avère souvent inutilisable. Le contrôle du parti est renforcé ; les cadres et les étudiants sont astreints au travail manuel, les cadres sont épurés, y compris aux plus hauts échelons locaux, surtout lorsque les directives émanant du «centre» ne sont pas assez bien respectées. Pour la seule année 1958, on estime qu'environ un million de cadres sont expulsés du parti, que quelque 30?000 personnes sont envoyées en camp de travail, tandis que des centaines de milliers de personnes sont déplacées pour mener à bien divers chantiers. La victime politique la plus notable du Grand Bond en avant est le maréchal Peng Dehuai.


Les résultats s'avèrent catastrophiques, en particulier pour l'agriculture ; la famine, qui sévit notamment en 1959 (sécheresse), en 1960 (inondations dans certains secteurs, sécheresse ailleurs) et jusqu'en 1961, cause entre 15 et 30 millions de morts. Mao choisit de faire son autocritique, et, en 1959, il doit abandonner la présidence de la République à Liu Shaoqi — lequel estime que l'échec du Grand Bond en avant est dû à 70 % à des erreurs humaines — le Grand Bond en avant ne cesse pourtant qu'en 1962. À partir de 1959, les dirigeants s'emploient plutôt à contrôler la remise en ordre du système productif, sans contredire les errements des mois précédents ; les objectifs fixés restent quasi irréalisables, mais sont revus à la baisse à partir de 1959. Surtout, l'industrie lourde sort encore renforcée de ces années — même s'il est difficile de croire les statistiques, que les cadres ont intérêt à truquer —, au détriment de l'agriculture et des paysans chinois. Les dirigeants du parti ordonnent donc une retraite politique, pour revenir à des conceptions plus traditionnelles. Deng Xiaoping s'écrie, en juillet 1962 : «Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir pourvu qu'il attrape les souris.» Mao contre-attaque en lançant, à l'automne de 1962, le «mouvement d'éducation socialiste».
Le Mouvement d'éducation socialiste (1962-1965) Il s'agit cette fois d'en finir avec les pratiques capitalistes et d'épurer le parti de ses éléments «droitiers», et notamment ses cadres locaux, pour leur manque de rigueur dans le travail : fraudes, comptabilité truquée, détournement des biens de l'État… C'est aussi à cette époque qu'apparaissent les Citations du président Mao, plus connues sous le nom de Petit Livre rouge, qui va devenir l'emblème de la Révolution culturelle — l'ouvrage sera tiré à un milliard d'exemplaires, traduit dans de très nombreuses langues et diffusé dans le monde entier. Dans les années qui suivent le Grand Bond en avant, la déroute de l'agriculture entraîne des conséquences négatives dans tous les secteurs, et l'économie met plusieurs années pour retrouver ses niveaux d'avant 1958. La taille des communes populaires, inadaptées à leur fonction de production, est réduite : elles ne comptent plus en moyenne que de 6?000 à 15?000 personnes, contre jusqu'à plus de 100?000 lors de leur fondation. Le commerce de la Chine s'ouvre sur le monde et double presque entre 1962 et 1966, pour atteindre quelque 4 milliards de dollars.


La Révolution culturelle

La période qui suit, de 1965 jusqu'en 1971, connue sous le nom de Grande Révolution culturelle prolétarienne, marque les bouleversements les plus profonds survenus en Chine depuis 1949. Il s'agit pour Mao et ses partisans d'écarter les «responsables qui, bien que du Parti, se sont engagés dans la voie capitaliste», par un processus inédit dans l'histoire du socialisme. Après les mois de campagne «antirévisionniste», le mot d'ordre de Mao «Feu sur le quartier général?!» jette les jeunes à l'assaut des cadres en juillet 1966. Des universités, la contestation gagne les entreprises et déclenche une lutte armée entre diverses factions. L'économie est désorganisée durant toute cette période. Une fois l'aile droite du parti écartée — à commencer par Peng Zhen, le maire de Pékin, puis Liu Shaoqi et Deng Xiaoping, écartés dès 1966 —, l'armée se livre, en 1968, à une remise en ordre, en envoyant les étudiants à la campagne et les ouvriers à l'usine. Mao reconstruit le parti autour d'une alliance «paysans-ouvriers-soldats». Il s'appuie alors sur le maréchal Lin Biao, que la propagande présente comme son successeur. Cependant, alors que Lin cherche à renforcer davantage encore le pouvoir de l'armée, il se heurte à Mao et à son groupe, qui décident de reprendre en main le pays. En 1971, la Chine annonce la mort de Lin dans un accident d'avion, alors qu'il tentait, selon les sources officielles, de gagner l'Union soviétique à la suite d'un coup d'État manqué.

Le «Groupe central de la Révolution culturelle», mené par Jiang Qing, Chen Boda (le secrétaire de Mao), Zhang Chunqiao et Yao Wenyuan, et avec l'appui du Grand Timonier, présente la «pensée Mao-Zedong» comme l'«arme idéologique des masses». L'intervention modératrice de Zhou Enlai ne peut empêcher que de nombreux monuments et bibliothèques soient saccagés. La Révolution culturelle apparaît à la fois comme une manœuvre tactique de Mao pour renforcer son pouvoir et comme une tentative d'éliminer définitivement les tendances bureaucratiques en mettant «la politique aux postes de commande».
Les dernières années Mao (1971-1976) La disparition de Lin Biao marque la reprise en main de l'État par un courant plus modéré, incarné par Zhou Enlai, qui lance en 1973 un mouvement de critique de Lin Biao, qui vise en réalité la gauche du parti, réunie autour de Jiang Qing. Celle-ci réplique en transformant la campagne en critique de Confucius ; le «pilin pikong» («critiquer Lin, critiquer Kong», nom chinois de Confucius) détourne la colère contre les «droitiers» comme Liu Shaoqi, cherchant ainsi à atteindre Zhou lui-même, mais la manœuvre échoue puis s'apaise dès 1974. Le gouvernement est alors réorganisé, et de nombreuses universités sont rouvertes. Certains cadres, qui avaient été victimes de la Révolution culturelle, sont réhabilités — le plus célèbre est Deng Xiaoping. Cependant, la Révolution culturelle n'est à ce moment toujours pas officiellement close, et les dernières années de Mao sont marquées par cette lutte de tendance au sommet, lutte d'autant plus âpre que la santé de Mao comme celle de Zhou sont très précaires.

En 1975, la IVe Assemblée nationale populaire adopte une nouvelle Constitution, qui reconnaît le droit de grève et celui d'afficher des dazibao («journaux en grands caractères»). La gauche place Wang Hongwen au troisième rang de la hiérarchie du PCC. Wang, dont la ressemblance physique avec Mao jeune est frappante, mène aussitôt une attaque contre la politique de Zhou Enlai, qui engage la Chine sur la voie des «Quatre Modernisations» — de l'industrie, de l'agriculture, des sciences et de la défense. Selon Wang et la gauche, c'est la voie ouverte à une restauration du capitalisme. Zhou, déjà contraint à une semi-retraite dès 1974, laisse Deng Xiaoping prendre la défense de cette politique ; enfin, il meurt le 8 janvier 1976. Début février, sur l'injonction de Mao, Hua Guofeng devient Premier ministre ; son atout est d'incarner une ligne moyenne entre Deng et Jiang Qing. Deng est cependant rapidement éliminé par le groupe de gauche, tandis que de nombreux Chinois manifestent leur volonté de mettre en œuvre les Quatre Modernisations en défilant place Tian An Men, devant le monument aux héros du peuple. Le 5 avril, les manifestants sont dispersés par la force. Durant l'été, l'un des tremblements de terre les plus dévastateurs de l'histoire de la Chine fait quelque 600?000 morts dans la région de Tianjin — certains veulent y voir un signe annonciateur de la fin d'un règne, en cela conforme à la tradition de l'histoire chinoise. Le 9 septembre 1976, Mao meurt.


La politique extérieure de 1949 à 1976 Dès la prise du pouvoir, les dirigeants communistes chinois se lancent dans une politique étrangère très active, dont les principaux volets sont constitués par leurs relations avec l'Union soviétique, qui se dégradent rapidement, celles avec les États-Unis, qui se réchauffent peu à peu jusqu'à la normalisation, et enfin celles avec le «second monde» et le tiers-monde. Aux yeux des dirigeants chinois, le tiers-monde représente l'opportunité de faire connaître et apprécier leur modèle révolutionnaire, et de se forger ainsi des alliés, voire des amis, dans la lutte d'«encerclement des villes par les campagnes», c?est-à-dire dans le combat qui oppose les pays riches, industrialisés et développés aux pays pauvres du tiers-monde sous-développé. Cette diplomatie révolutionnaire atteint son point culminant lors de la Révolution culturelle, lorsque les ambassades de certains pays étrangers à Pékin (Grande-Bretagne, Kenya) sont attaquées par les gardes rouges. Cependant, durant toute l'ère maoïste, la diplomatie chinoise sait aussi prendre en compte les intérêts de l'État avant ceux de la «révolution mondiale». Il en résulte des manœuvres parfois si complexes qu'elles déroutent amis et adversaires. Quoi qu'il en soit, la Chine est reconnue par l'ensemble du monde comme un partenaire responsable : en 1964, la France reconnaît la Chine, qui, le 25 octobre 1971, entre aux Nations unies et à son Conseil de sécurité, dont elle devient aussitôt l'un des cinq membres permanents.


Les relations sino-soviétiques : de l'«amitié indestructible» à l'hostilité Dès l'hiver 1950, Mao Zedong et Zhou Enlai négocient avec Moscou un traité d'amitié, d'alliance et d'assistance mutuelle conclu le 14 février 1950 pour trente ans. L'aide financière soviétique, on l'a vu plus haut, reste cependant modeste, défaillance que ne manqueront pas d'exploiter plus tard les dirigeants chinois lorsque leur querelle avec l'Union soviétique sera devenue publique. Dans un premier temps, cependant, le camp communiste semble solide, comme le prouvent les événements de Corée. Dès le 20 juin 1950, la Chine populaire se trouve en effet face à un conflit d'ampleur internationale aux portes de ses frontières. Les Chinois envoient un contingent de volontaires, placé sous les ordres de Peng Dehuai et équipé de matériel soviétique, qui remporte des succès notables face aux troupes américaines à partir d'octobre 1950 — l'intervention chinoise entraîne le retrait vers le sud des Américains et de leurs alliés Coréens, et la stabilisation du front autour du 38e parallèle. Lorsque la Chine signe le cessez-le-feu, le 27 juillet 1953, à Panmunjon avec les États-Unis, elle peut enregistrer une première victoire diplomatique d'importance avec l'installation d'un régime de caractère socialiste à sa frontière nord-est.

La mort de Staline, en 1953, facilite d?abord les relations sino-soviétiques : alors que Staline considérait les Chinois comme des partenaires de niveau inférieur, Khrouchtchev — qui se rend en Chine en 1954 et y fera plusieurs voyages — et la nouvelle direction soviétique ont tendance à donner à la Chine une place plus en rapport avec sa puissance démographique. L'aide soviétique est financièrement plus importante qu'au début des années 1950, et elle inclut un volet dans le domaine de la recherche scientifique, avec la fourniture par Moscou d'un réacteur nucléaire expérimental. On peut estimer que l'aide soviétique dépasse les 2 milliards de dollars entre 1950 et 1957. Cependant, le choc du XXe congrès du PCUS en 1956 et la crise hongroise conduisent les dirigeants soviétiques à s'assurer qu'ils dominent effectivement l'ensemble des pays socialistes, politique qui déplaît de plus en plus aux Chinois, qui, en outre, voient dans Khrouchtchev un «révisionniste», et, lors de la crise des missiles de Cuba, en 1962, un «capitulationniste». En novembre 1957, Mao reconnaît encore que la révolution chinoise s'appuie sur «la riche expérience du parti communiste et du peuple de l'Union soviétique», mais en 1959, alors que l'Union soviétique s'engage dans la politique de coexistence pacifique, les dirigeants chinois se convainquent qu'ils n'ont plus rien à attendre de Moscou. L'aide soviétique cesse en juillet 1960 — jusqu'en 1965, la Chine poursuit et même anticipe le remboursement des prêts consentis par l'Union soviétique. En 1964, avec l'explosion de la première bombe nucléaire chinoise, puis avec le déclenchement de la Révolution culturelle, la tension monte encore entre les deux pays, qui prétendent chacun au leadership sur le monde communiste. En 1969, lors d'une conférence mondiale des partis communistes tenue à Moscou, les Soviétiques parviennent à marginaliser les Chinois. La même année, des accrochages armés ont lieu sur le fleuve Oussouri, à la frontière. La propagande antisoviétique n'a jamais été aussi virulente, ce qui annonce le rapprochement vers l'ouest.


Les relations sino-américaines et sino-japonaises En l'opposant aux États-Unis, la guerre de Corée (1950-1953) redonne à la Chine un rôle de premier plan, ainsi qu'on l'a vu. Mais cette guerre lui fait perdre toute perspective de s'intégrer dans l'ordre international mondial dans un délai raisonnable en lui aliénant les États-Unis. De plus, la chute de la Corée du Nord dans le «bloc socialiste» contribue à alimenter la «théorie des dominos» des stratèges militaires américains — selon lesquels les pays du tiers-monde tombent un à un, comme des dominos, dans le camp socialiste. Les États-Unis cherchent dès lors à contenir l'expansion soviétique et chinoise par leur politique dite de containment, avec notamment le traité nippo-américain de septembre 1951, que la Chine considère comme une manifestation d'hostilité.

Dans un texte célèbre de 1956, L'impérialisme américain est un tigre en papier, Mao mène une attaque sans concession contre les États-Unis. En 1958, la tension monte avec le bombardement, par Pékin, des îles de Jinmen (Quemoy) et Mazu (Matsu), au large de Taiwan ; aussitôt la VIIe flotte américaine s'interpose dans le détroit de Formose. Des éléments nouveaux vont cependant peu à peu entraîner le rapprochement entre les deux adversaires. En 1959, le secrétaire d'État américain, C?H? Herter, propose de faciliter les échanges de journalistes entre la Chine et les États-Unis. Mais les Chinois posent une condition préalable : le retrait des Américains de Taiwan. Cette question reste désormais au cœur de la politique étrangère chinoise vis-à-vis de Washington, et si elle empêche toute normalisation, elle permet cependant de maintenir ouvertes les discussions entre les deux pays. Lorsque la tension avec l'Union soviétique atteint des sommets, à partir de 1968, le rapprochement avec les États-Unis semble une voie possible. En 1970, Mao déclare au journaliste américain Edgar Snow, auteur d'un important ouvrage, Étoile rouge sur la Chine, qu'il accueillerait volontiers le président américain, Richard Nixon. Dès l'année suivante, Henry Kissinger, le secrétaire d'État américain, se rend en Chine, puis c'est au tour de Nixon lui-même, à partir du 21 février 1972. Le 28 février 1972, le communiqué de Shanghai montre l'avancée spectaculaire de la détente entre les deux pays. Les États-Unis reconnaissent notamment que «tous les Chinois soutiennent que Taiwan est une partie de la Chine».

Avec le Japon, le dégel commence en 1954, avec une première mission de la Croix-Rouge chinoise au Japon. En 1957, la quasi-totalité des prisonniers de guerre japonais sont rapatriés - mais la Chine conserve une cinquantaine de criminels de guerre. Cependant, le Japon refusant de reconnaître le régime de Pékin, l'année 1958 marque une rupture dans le rapprochement sino-japonais. Le processus de normalisation ne s'engage qu'au début des années 1970, par le biais de divers accords commerciaux, et se conclut par un traité de paix et d'amitié signé le 12 août 1978 par Deng Xiaoping.


La Chine et le tiers-monde L'activité diplomatique de la Chine envers le tiers-monde se révèle originale, au point d'ailleurs d'être souvent confuse et délicate à interpréter. La diplomatie chinoise tente en effet de mêler idéologie et réalisme. Tandis que les «perspectives révolutionnaires mondiales» que pensent déceler les communistes chinois durant les années 1950-1960 les conduisent à favoriser les mouvements révolutionnaires, leur pragmatisme en tant que dirigeants d'un État les amènent à mener une politique d'amitié avec certains gouvernements qui n'appartiennent pas au camp socialiste, y compris, dans les années 1970, avec le Chili de Pinochet ou l'Argentine des généraux. La diplomatie chinoise est ainsi souvent contrainte à des volte-face spectaculaires, et si elle enregistre certains succès magistraux, elle subit tout autant de défaites importantes. Il faut ajouter à ce tableau d'ensemble le fait que, durant la Révolution culturelle, et plus particulièrement de 1965 à 1969, le modérateur qu'est Zhou Enlai doit compter avec les gardes rouges et corriger leurs «excès» au risque de passer lui-même pour un réactionnaire, ce qui se traduit par des incohérences de la diplomatie chinoise. Des traités d'amitié sont signés avec nombre de pays stratégiquement importants (Népal, Afghanistan, Cambodge), et avec des pays d'Afrique.

Indochine et Viêt-nam. En Indochine, les Chinois jouent un rôle important lors de la guerre d'Indochine en aidant matériellement le Viêt-minh, mais aussi en infusant les principes de la guerre de guérilla tels que Mao les avait théorisés durant les années 1930 et 1940 ; la politique chinoise est ainsi l'une des causes directes de la défaite française en Indochine. La Chine obtient en outre un important succès diplomatique en étant représentée par Zhou Enlai, lors de la conférence de Genève en 1954.

L'activité de la diplomatie chinoise dans la région reprend de plus belle en 1964, lorsque Pékin se montre soucieux d'aider les communistes vietnamiens à repousser «l'agression américaine». Cependant, les Vietnamiens comptant plus sur l'Union soviétique, la Chine reste en retrait durant le conflit avec les États-Unis. Alors que les Ch