L'histoire ancienne du pays que l'on appelle aujourd?hui «l'Inde»
s'apparente davantage à la description d'une civilisation
qu'au récit linéaire d'événements
«historiques» tel qu'on peut en établir pour
l'Occident ou pour de grands empires comme la Chine ou l'Égypte.
Il faut attendre la conquête perse et les contacts forcés
avec une autre culture pour que l'histoire s'empare de l'Inde.
Non pas que l'Inde soit une société «sans
histoire» comme certains ont pu le prétendre au
sujet des sociétés «primitives», mais
plutôt parce que la civilisation indienne classique ignore
l'histoire, à laquelle elle préfère le
mythe. Ainsi, si des chroniques anciennes mentionnent certains
rois, ce n'est qu'à travers l'évocation de traits
convenus, qui ont pour but de montrer que le souverain se conformait
à l'ordre du monde — le dharma. Les nombreux
royaumes qui se développèrent en Inde jusqu'à
l'arrivée des Moghols n'ont laissé ni archives
ni biographies de personnages importants, et il est impossible
de tenir une chronologie pour certaine en ce qui concerne toute
l'histoire antérieure à la conquête perse,
au Ve siècle avant J-C Aussi nos connaissances de
l'Inde ancienne s'appuient-elles pour l'essentiel sur les données
archéologiques.
L'Inde elle-même est un concept récent. À
l'époque védique, les textes parlent du Bharatavarsha,
c'est-à-dire «le lieu où demeurent les descendants
de Bharat», l'ancêtre mythique cité dans
le Rig Veda et dont la geste est tracée dans la fameuse
épopée du Mahabharata — de nos jours,
en hindi, «Inde» se dit toujours Bharat. Le pays
n'a donc reçu son nom actuel que depuis l'époque
coloniale, avec la domination britannique. Il est par la suite
question ici de ce vaste espace inscrit entre l'océan
Indien et l'Himalaya, ainsi préservé par ces deux
barrières naturelles d'influences massives de l'extérieur,
et qui constitua sans doute pour cela un foyer propice à
l'installation des hommes à une époque très
reculée. (L'histoire du Pakistan à partir de 1947
ainsi que celle du Bangladesh, qui se sépara du Pakistan
en 1971, sont traitées à ces entrées respectives.)
L'enjeu de la définition de l'«espace indien»
n'est pas que de pure forme : en Inde même, les partis
nationalistes hindous, qui se sont emparés du pouvoir
au milieu des années 1990, font en effet d'une certaine
conception de l'histoire de leur pays l'un des instruments majeurs
de leur propagande. Ils cherchent à établir les
fondements historiques du caractère strictement hindou
de l'Inde contemporaine, voire d'un pays plus vaste englobant
Pakistan et Bangladesh, et ont parfois tendance à transfigurer
ce que l'on sait de l'histoire réelle de cette civilisation.
Cependant, aujourd?hui, en Inde, domine sans doute le souci
d'écrire une histoire qui rende compte de l'évolution
de la civilisation indienne, sans concession à des partis
pris religieux.
Les origines du monde indien Les découvertes concernant
les origines du monde indien — qui correspond donc
à l'Inde, au Pakistan et au Bangladesh actuels —
révèlent une différence sensible entre
le Nord, c?est-à-dire la plaine Indo-Gangétique,
où s'épanouissent des civilisations qui comptent
parmi les plus anciennes de l'histoire mondiale, comme la civilisation
de Harappa ou de l'Indus — et le Sud, le vaste plateau
du Deccan, où n'apparaît aucune civilisation techniquement
aussi élaborée.
Le paléolithique Le million d'années de préhistoire
indienne, dont les principales cultures sont le soanien et le
madrasien, semble se caractériser par le conservatisme
de ses industries lithiques, dont l'outil de référence
est le galet aménagé. Les techniques microlithiques,
qui marquent la fin de la Préhistoire, apparaissent tardivement
et ne se généralisent qu'au lendemain de la dernière
grande glaciation. Les plus importants gisements d'outils paléolithiques
découverts à ce jour se situent au Pakistan, dans
les monts Shivalik, situés au pied de l'Himalaya, et
dans le désert du Thar, à la frontière
avec l'Inde.
Le néolithique Aux marges de l'espace indien, dans le
Baloutchistan (site de Mehrgarh), apparaît l'un des premiers
foyers mondiaux de développement néolithique.
Au cours du VIIIe millénaire s'y amorce le passage
d'une économie fondée sur la cueillette et la
chasse à une économie productrice, comparable
à celle des civilisations du Proche-Orient. Pendant quatre
millénaires, les innovations s'y succèdent, conduisant
des premières agglomérations en briques crues,
des domestications animales (chèvres, moutons, bovins)
et des cultures végétales (orge) à un néolithique
avec céramique à son apogée vers 6000,
puis à l'adoption des techniques des métaux vers
5000. Après 4000, la diversification de l'agriculture
autorise la formation d'un réseau d'agglomérations,
puis une maîtrise de l'espace qui favorise la colonisation
de la vallée de l'Indus vers 3000. Celle-ci devient alors
l'une des voies axiales des échanges et le foyer de convergence
des cultures régionales. Le travail du cuir et de l'ivoire
apparaît aussi dès le néolithique.
Parallèlement, les techniques du Baloutchistan ont rayonné
en direction du Gange, où elles se sont mêlées
aux innovations locales, si bien que les chasseurs-cueilleurs
de l'Inde continentale adoptèrent à leur tour
des pratiques agricoles. Dans la péninsule du Deccan,
les plus vieux sites découverts à ce jour, dans
le Karnataka, remontent au IIIe millénaire avant
J?-C?
La civilisation de l'Indus et son héritage
La civilisation de l'Indus Au cours de la première moitié
du IIIe millénaire, la diffusion de la civilisation
élamite au travers du plateau iranien et le développement
d'un commerce par voies terrestre, fluviale et maritime ont
permis la multiplication des contacts des cultures de la vallée
de l'Indus avec les civilisations du Moyen-Orient. Ces relations
nouvelles stimulent les activités économiques
et favorisent la naissance d'artisanats spécialisés.
Ces contacts conduisent à l'émergence de structures
sociales qui vont permettre un véritable saut culturel
: la civilisation d'Harappa ou de l'Indus connaît son
apogée entre 2600 et 2000 avant J?-C? Cette civilisation
rappelle par maints aspects les civilisations contemporaines
de la Mésopotamie. Puis les bourgs de la vallée
de l'Indus entrent dans une période de transition, qui
aboutit, vers 1750 avant J?-C?, à la fragmentation et
à la disparition de la civilisation de l'Indus. Si les
causes exactes en sont encore discutées, depuis des modifications
environnementales majeures jusqu'à une inadaptation culturelle
à certaines nouveautés venues de Bactriane, comme
l'introduction du cheval et du chameau, il convient de noter
la discontinuité entre la civilisation de l'Indus et
la civilisation de l'Inde classique — à part,
peut-être, le culte du lingam (phallus), que l'on retrouve
plus tard dans le culte de Shiva.
Il s'agit là d'une des questions les plus controversées
de l'histoire de la civilisation indienne, et elle a des répercussions
politiques jusqu'à nos jours. Les nationalistes hindous
voudraient en effet établir un lien entre cette civilisation
et l'histoire postérieure de l'Inde ; il semble pourtant
que la civilisation de l'Indus ne peut être liée
à la culture dravidienne du sud de l'Inde mais plutôt
à la culture sumérienne, que la langue parlée
à Harappa n'était sans doute ni indo-européenne
ni dravidienne, et qu'il s'est sans doute passé quelque
deux siècles entre la disparition de la civilisation
de l'Indus et l'invasion des Aryens dans la région. Ce
sont ces dernières population qui introduisent le sanskrit,
tandis que l'on peut penser que la population harappéenne
subsiste dans la plaine Indo-Gangétique et que, peu à
peu acculturée, elle adopte la culture des nouveaux venus.
Notons enfin que le mot «Indus» provient de sindhu,
mot sanskrit désignant les rivières en général
et plus particulièrement l'Indus, qui servit aux Perses
puis aux Grecs et enfin aux musulmans pour désigner les
populations qu'ils rencontraient au-delà de l'Indus — le
mot sindhu déformé donna plus tard le mot «hindou»,
que les Indiens n'adoptèrent pour se désigner
eux-mêmes qu'après les invasions musulmanes.
L'Inde aryenne
C'est dans un contexte de déliquescence de cette civilisation
urbaine que, vers 1500 avant J?-C?, les Aryens (peuple indo-européen
venu du Tadjikistan) ouvrent la deuxième grande phase
de l'histoire de l'Inde. Ils colonisent l'Inde du Nord, lui
imposent leur langue — le sanskrit —,
leur religion — le védisme —, mais
surtout leur hiérarchie sociale. Cette phase débute
par une première période védique (de 1500
à 1000 av. J?-C?), où les Aryens cohabitent avec
les sédentaires, héritiers de la civilisation
de l'Indus, qui ont une culture plus développée.
Tout en poursuivant leur vie tribale de pasteurs semi-itinérants,
les Aryens se répandent dans le bassin de l'Indus, mais
occupent essentiellement le Pendjab.
Puis une manière de compromis s'établit avec
certains groupes indigènes, premier pas du processus
d'intégration culturelle qui, en deux millénaires,
donnera à l'Inde et ensuite à l'Asie du Sud-Est
une unité culturelle. En effet, les Aryens, porteurs
d'un savoir (veda) inspiré par les dieux à des
sages (rishi) qui le transcrivent en sanskrit archaïque,
le font partager aux premiers habitants indusiens. À
la veille du Ier millénaire avant J?-C?, les Indo-Aryens,
qui maîtrisent bientôt la technique de la métallurgie
du fer, débordent le cadre du Pendjab pour s'infiltrer
dans la vallée du Gange.
Les changements politiques Commence alors la deuxième
période védique, de 950 à 600 avant J?-C?,
au cours de laquelle les Indo-Aryens entrent dans un double
processus d'évolution. Le premier, de nature politique,
marque l'abandon du stade tribal au profit de confédérations,
dont la définition est plus territoriale ; le second,
religieux, voit s'élaborer des formes complexes, telles
que les sacrifices cosmiques, qui conduisent à une répartition
de la société en quatre fonctions (varna) fondées
sur un rapport différent au sacrifice. Ces quatre varna
sont : les brahmanes, qui accomplissent les sacrifices — les
prêtres, mais il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit
là d'une simplification certaine —, les kshatriya,
qui font la guerre et constituent l'aristocratie, les vaiçya,
qui correspondent au commun du peuple, et enfin les shudra,
qui sont les serviteurs — ces derniers étaient
peut-être à l'origine les indigènes non-aryens,
mis au service des varna supérieurs. Ce n'est que par
la suite qu'apparaîtront les «hors-castes».
Lesdites confédérations en acquièrent
une dimension préétatique, tandis que des mythes
de fondation enracinent le nouvel ordre védique sur un
centre, Haryana, qui devient la «terre sainte» de
l'hindouisme, où la société indo-aryenne
trouve les symboles de sa cohésion.
Au moment où la vallée du Gange est colonisée
émergent des chefferies claniques, parmi lesquelles celle
des Kurukhs, implantée entre le vieux pays du Pendjab
et le front pionnier de la vallée du Gange, qui se voit
reconnaître une position dominante, magnifiée par
l'épopée du Mahabharata, composée sans
doute avant le IVe siècle avant J?-C? La pénétration
des Indo-Aryens est bientôt telle que, dès 800
av. J?-C?, ils ont une connaissance certaine d'une bonne partie
de l'Inde et instaurent de grandes entités politiques
régionales, les Janapadas, qui découpent l'Inde
du Nord. Par ailleurs, cette dernière réintègre
le grand commerce maritime avec la Mésopotamie. Ces relations
lui apportent, après plus d'un millénaire de parenthèse
orale, une nouvelle forme d'écriture, alphabétique,
la brahmi. Simultanément, les Indo-Aryens prennent le
contrôle du Deccan — ce que rapporte le Ramayana
sous un voile épique —, conçoivent
potentiellement l'Inde comme un tout, et les grandes valeurs
de leur culture sont progressivement codifiées. Ainsi
les Vedas, qui sont les textes sacrés de l'hindouisme,
apparaissent à cette époque (Rig Veda, Yajurveda,
Samaveda et Atharvaveda).
Une nouvelle urbanisation se développe, dans la vallée
du Gange cette fois, dont la prise en main sera achevée
à la fin du VIIe siècle avant J?-C? par les
Indo-Aryens. Au terme de cette évolution culturelle,
sur le plan religieux, l'enseignement des Veda (avec sa notion
de salut collectif) cède devant les premières
Upanishad et leur célébration d'une dévotion
personnelle, qui semble marquer un retour vers une sensibilité
religieuse préaryenne et sera désormais la marque
de l'hindouisme. Sur le plan intellectuel naît une réflexion
laïque personnelle, avec l'apparition de la philosophie
de Kapila. L'épicentre de l'Inde glisse à nouveau
vers l'est, où les pouvoirs locaux qui se structurent
autour de leurs capitales fortifiées s'affrontent pour
le contrôle de la navigation sur le Gange.
L'expansion perse avec Darios, de 550 à 528 avant J?-C?,
débouche sur le monde indien, apportant, en particulier,
une deuxième écriture à l'Inde : la kharosti,
dérivée de l'écriture de la chancellerie
perse, à l'origine des alphabets contemporains. La diffusion
du modèle politique perse suscite alors une première
vocation impériale de la part des princes du Magadha
(région qui assure le contrôle de la navigation
sur le Gange), avec une première dynastie historiquement
attestée, celle des Haryankas, qui s'affirme de 575 à
410 avant J?-C?
Réformes religieuses Dans ce contexte de redéfinition
des équilibres de l'ordre indien s'élaborent deux
«réformes» de l'hindouisme, qui donnent naissance
à deux grandes doctrines. Celles-ci vont structurer l'autre
volet de la pensée indienne: celui du renoncement, de
la non-violence et du détachement, grâce à
l'organisation de communautés monastiques. Le bouddhisme
de Çakyamuni (vers 563 - vers 470 av. J?-C?) devient
la religion de référence de l'Inde et s'étend
jusqu'en Extrême-Orient, alors que le jaïnisme de
Mahavira (540-468 av. J?-C?) reste indien et minoritaire. Parallèlement,
le classicisme indien achève de se fixer, avec la codification
du sanskrit par Panini, dans la seconde moitié du Ve siècle
avant J?-C? La pression exercée par les Indo-Aryens sur
le Deccan a favorisé, probablement, l'émigration
des Dravidiens de l'Inde du Sud vers l'Asie du Sud-Est, dont
les premières mentions apparaissent dans le Ramayana.
L'Inde classique Au terme de ces élaborations, l'épopée
d'Alexandre, qui atteint l'Inde du Nord-Ouest en 326 avant J?-C?,
ouvre le champ aux conceptualisations politiques unitaires autant
qu'aux ambitions individuelles.
D'Alexandre à l'ère chrétienne
L'Inde : l'Empire maurya et l'Empire gupta En 327 avant J?-C?,
Alexandre le Grand franchit l'Indus et parvient jusqu'au Gandhara.
Il ne peut poursuivre sa conquête plus loin et établit
plusieurs colonies grecques dans le sous-continent. Quelques
années plus tard, entre 325 et 321, un aventurier, Chandragupta,
renverse la dynastie des Nanda et s'empare du pouvoir au Magadha,
dont il fait le noyau du premier Empire panindien, celui des
Maurya, qui vont entreprendre une conquête souvent violente
de l'Inde. Parallèlement, Kautilya, ministre de Chandragupta,
compose le traité politique indien le plus célèbre,
l'Arthasasthra, vers 300 avant J?-C? ; il concerne la vie politique,
administrative et économique de l'Inde, et Kautilya y
montre ce que doit être le bon gouvernement. L'Inde moderne
s'affirme avec les Maurya. En 297, son fils, Bindusara, puis,
en 273, son petit-fils, Açoka, succèdent à
Chandragupta.
Chronologie (- 269) Açoka est le grand empereur bouddhiste
de l'Inde. Il se convertit à cette religion fondée
sur la non-violence à la suite d'une campagne militaire
très meurtrière, puis envoie des missions convertir
les habitants de Ceylan. Il est aussi un grand organisateur
et administrateur. À sa mort, en 237 avant J?-C?, l'Empire
se morcelle. Son destin se révèle parallèle
à celui de l'Empire gréco-iranien des Séleucides.
Lorsque le dernier Maurya disparaît, en 185 avant J?-C?,
le sous-continent se repartage entre une Inde gangétique
aux mains des Çunga, une Inde du Nord-Ouest, où
des aventuriers grecs venus de Bactriane se taillent des royaumes,
et une Inde du Centre et du Sud, où les principautés
locales (Andhra, Kalinga, Pandya) affirment leur jeune personnalité.
Les Çunga sont renversés à leur tour par
les Kanva (de 73 à 25 av. J?-C?), pendant que les Grecs
sont éliminés par les Sakas de Transoxiane (d'autres
Indo-Européens de la steppe), qui, chassés par
les turbulences de l'Asie centrale, s'implantent à leur
tour dans l'Inde du Nord-Ouest au cours du Ier siècle
avant J?-C? Parallèlement, les Andhra de l'Inde centrale
tentent de reconstituer un empire. Définitivement libérées,
les principautés de la façade maritime du golfe
du Bengale rayonnent sur l'Asie du Sud-Est où, à
l'aube de l'ère chrétienne, apparaissent les premières
chefferies indianisées. C'est alors qu'une nouvelle vague
d'envahisseurs indo-européens venus d'Asie centrale,
les Kushanas, sait tirer profit de l'expansion du grand commerce
«international», favorisé par le développement
des Empires romain et chinois, pour s'installer en position
articulatoire, des passes de l'Asie centrale à la vallée
de l'Indus et à celle du Gange, et redonne ainsi une
cohésion impériale au monde indien. Ce nouvel
Empire connaît son apogée au Ier siècle
après J?-C?, avec l'empereur Kanishka.
Du Ier au Ve siècle
Cependant, l'agitation hunnique en Asie centrale remet en cause
cet équilibre : le pôle des échanges mondiaux
se déplace plus à l'ouest, au bénéfice
de l'Iran des Sassanides, qui défont les Kushanas en
242. La dynastie des Satavahana, ou Andhra, au sud, décline
parallèlement et est remplacée par des pouvoirs
situés plus à l'est, en relation avec le commerce
du Sud-Est asiatique : les Pallava de Kanchipuram (250) et les
Vakataka de Nandivardhana (270). Mais le succès même
de ces entreprises permet à un nouveau pouvoir panindien
de se constituer, au centre traditionnel de l'Inde, sur l'ancien
royaume de Magadha, d'où émerge une nouvelle dynastie
impériale, celle des Gupta, qui acquiert sa puissance
avec Chandragupta, son fondateur en 320. Avec ce nouvel Empire,
l'Inde connaît un essor économique et culturel
de tout premier plan, d'autant plus que, pendant longtemps,
elle est le seul royaume épargné par les invasions
des peuples des steppes. La renaissance hindouiste se traduit
par un essor de la littérature, encouragée par
le roi Chandragupta, comme l'illustre le poète tragique
Kalidasa, qui a parfaitement su traduire l'idéal de la
société brahmanique.
L'empire des Gupta finit par être victime des invasions
des peuples des steppes (qui ne sont plus des Indo-Européens).
Skandagupta (455-467) cède sous la pression des Huns
blancs, ou Huns Hephthalites. La société indienne
entre alors dans une phase d'émiettement politique et
de dépression économique. Le sud du pays, le Tamilakan,
où vivent les populations dravidiennes, est lui aussi
longtemps très divisé, notamment entre les Pandya
de Madurai, les Cherra de la côte de Malabar et les Chola
de Thanjavur, et les conflits sont fréquents. Puis les
Kalvar et enfin les Pallava imposent leur autorité au
Ve siècle. Les Pallava, font définitivement
entrer les pays tamouls dans l'histoire indienne. Si ces dynasties
échappent dans un premier temps à la dépression,
elles ne peuvent éviter d'être touchées
dans un second temps, du fait de la diminution du commerce maritime
entre l'Inde et la Chine.
Les Huns blancs, pris à revers par les Turcs d'Asie
centrale, sont finalement vaincus en Inde du Nord au milieu
du VIe siècle. L'Inde n'en reste pas moins fragmentée
au cours du VIIe siècle, et les tentatives de restauration
de l'unité échouent : celle des Calukya en Inde
centrale ou celle du roi Harsha (606-647) en Inde du Nord. Désormais,
l'Inde ne trouvera plus en elle les moyens d'un ordre impérial.
La marque de l'islam
L'Asie vers 750 L'islam profite de l'instabilité chronique
de l'Inde pour s'enfoncer, au fil des siècles, un peu
plus profondément dans le Nord-Ouest, où il est
cependant contenu pendant un demi-millénaire. La première
conquête de l'Inde par les musulmans est celle du Sind
en 712, mais elle est aussitôt arrêtée — les
musulmans parviennent cependant en 724 à faire nommer
un gouverneur représentant le calife.
Les divers royaumes indiens, à défaut de retrouver
la voie de l'unité (dynastie des Gurjara, en Inde du
Nord, etc.), retrouvent au moins, grâce au redémarrage
économique favorisé par l'islam, celle de leur
prospérité. C'est ainsi que, au IXe et au Xe siècle,
l'Inde, rendue forte par le dynamisme politico-économique
de ses divers royaumes et de leurs brillantes dynasties, comme
celle des Candella, entre dans une période où
les différences régionales se marquent davantage.
En même temps, le bouddhisme laisse la place au brahmanisme,
marqué par une extension de la surface des temples, la
complexification de leur structure, et le développement
de la sculpture et des peintures murales. L'Inde produit alors
de brillants mathématiciens, qui inventent le zéro
et calculent la valeur de pi jusqu'à la quatrième
décimale. Enfin, les astronomes affirment que la Terre
est ronde.
Dans l'Inde du Sud, les Chola, avec le roi Vijayalaya, s'emparent
du royaume des Pallava, et s'étendent vers le nord, mais
aussi vers le sud en s'emparant des îles Maldives, de
la côte de Malabar et de Ceylan. C'est le prélude
à une extension maritime de grande ampleur.
Les vagues turques
Au début du XIe siècle, la pression de l'islam
arabo-iranien est remplacée par celle des Turcs nouvellement
islamisés : avec Mahmud de Ghazni, qui hérite
le pouvoir de son père en 998, ils prennent bientôt
le contrôle de l'Inde du Nord-Est autour de Lahore, capitale
du Pendjab. Mais, à la mort de Mahmud de Ghazni en 1030,
la vague retombe, et la frontière avec l'islam se stabilise
à nouveau pour un siècle et demi, jusqu'en 1191,
pendant que les thalassocraties de l'Inde du Sud (les Chola)
tentent de prendre le contrôle des voies maritimes en
direction du Sud-Est asiatique, poussant leurs expéditions
jusqu'à Sumatra.
Une nouvelle vague turque, celle de Muhammad de Rhur (ou de
Ghur), s'avance à partir de 1175, prend pied dans la
vallée du Gange, est d?abord battue par les hindous de
Prithvi Raj lors de la première bataille de Tarain en
1191, puis les vainc l'année suivante, toujours à
Tarain. Elle fait disparaître en Inde du Nord la brillante
civilisation hindoue : le général Qutb al-Din
Aybak fonde la dynastie des Mamelouks, dite des Esclaves — Qutb
al-Din Aybak était en effet un esclave de Muhammad de
Rhur, le statut d'esclaves n'étant alors qu'une façon,
pour les fils de familles pauvres, de monter dans la hiérarchie
sociale et militaire. La nouvelle dynastie s'installe à
Delhi en 1193 et Qutb al-Din Aybak prend ensuite le titre de
sultan ; s'étant fait reconnaître par le calife
de Bagdad, il cherche à étendre l'autorité
du sultanat à toute l'Inde du Nord. Cinq dynasties musulmanes
se succèdent sur le trône de Delhi : celles des
Esclaves (1206-1290), des Khaldji (1290-1320), des Turhluq (1320-1414),
des Sayyid (1414-1450) et des Lodi (1451-1526). Elles sont contraintes
de contenir par trois fois (1221, 1241 et 1292) la pression
mongole. Le Deccan reste aux mains des hindous, dont les multiples
dynasties continuent à prospérer.
Le sultanat de Delhi Le sultanat de Delhi, malgré une
histoire dynastique troublée, entreprend alors de «nettoyer»
l'Inde du Nord (1296), et fait disparaître les derniers
princes bouddhistes de la péninsule, les Pala et les
Sena du Bengale ; il se lance ensuite à la conquête
du reste de l'Inde, mais le coût de la guerre est tel
que, malgré les pillages, une crise économique
interne au sultanat est difficilement maîtrisée,
par un très strict et remarquable contrôle. Si
la dynastie des Turhluq tente de maintenir la vocation impériale
du sultanat au milieu de difficultés croissantes, elle
ne peut empêcher sa féodalisation (et l'indianisation
corrélative de l'islam), ni la reconstitution de grands
pouvoirs hindous (fondation en 1336, dans le Mysore, du royaume
de Vijayanagar, en lutte, pendant plus de deux siècles,
contre l'islam), ni la terrible invasion turco-mongole de Timour
Lang (Tamerlan), qui ravage l'Inde du Nord-Ouest en 1398.
Chronologie (1498) Le sultanat de Delhi sort affaibli de l'épreuve
au point que, déchiré par les révolutions
de palais, les changements dynastiques et les guerres de succession,
il n'a plus les moyens de maintenir son rôle unitaire.
Pendant plus d'un siècle et demi, l'Inde redevient une
mosaïque féodale, partagée en royaumes prospères
et souvent bien gouvernés, qui favorisent l'éclosion
des arts. Dans un climat qui n'est pas sans rappeler celui de
l'Europe de la Renaissance, après près d'un millénaire
d'interruption des relations directes, l'Occident refait son
apparition aux Indes. Au terme d'un siècle d'une méthodique
expansion maritime, qui a permis aux Portugais de maîtriser
la circumnavigation de l'Afrique, Vasco de Gama atteint Calicut
en 1498. Hollandais, Danois, Anglais et Français suivront
bientôt, mais ils seront animés d'intérêts
essentiellement commerciaux. Leur rôle demeure secondaire
jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. D'autant plus
qu'un petit prince du Ferghana, Babur (ou Baber, 1483-1530),
descendant de Timour Lang par son père et de Gengis Khan
par sa mère, jette les bases d'une restauration d'un
ordre impérial qui va durer plus de deux siècles.
L'origine mongole de Babur — mughal en arabo-persan
— explique le nom donné à l'empire
fondé par ses successeurs, l'Empire moghol.
L'Inde moderne Chronologie (1556) Chronologie (1561) Au terme
de trente-cinq ans de raids aux fortunes alternées (1525-1561),
les princes de la lignée de Babur s'imposent à
l'Inde en la personne de son petit-fils Akbar (1542-1605); il
double sa politique impériale de conquête — il
met fin au dernier grand État hindou de l'Inde du Sud,
celui de Vijayanagar, en 1565 — d'un partage tolérant
des responsabilités politiques entre personnalités
des diverses religions.
L'Empire moghol
L'Empire moghol (1526-1858) Chronologie (1658) Pendant un siècle,
les Moghols contrôlent la quasi-totalité de l'Inde,
mais, après la mort d'Aurangzeb (1658-1707), qui avait
infléchi la politique impériale dans le sens d'un
respect dévot et intolérant des préceptes
de l'islam, l'Empire, affaibli, est décomposé
par les guerres de succession.
Bien que le raid du roi perse Nader Chah sur Delhi (1739) soit
une parenthèse sans lendemain — en effet,
l'Empire ne disparaîtra en titre qu'en 1858 —,
l'autorité de l'administration impériale, après
cette date, tend à être nulle. L'Empire moghol
est démembré, les pouvoirs hindous renaissent,
et les puissances occidentales, qui s'étaient contentées
de gérer au mieux leurs comptoirs commerciaux, sont alors
insérées dans le réseau de pouvoirs indiens.
C'est alors que Dupleix, devenu gouverneur de Pondichéry
en 1742, envisage tout à la fois de créer un empire
européen sur les ruines de l'Empire moghol et, par contagion
des conflits franco-anglais de l'Europe, de ruiner les positions
britanniques aux Indes. Après de notables succès,
Dupleix est rappelé en France en 1754. Sa politique est
récupérée par son adversaire Clive, qui
l'inaugure par une première grande victoire sur le nabab
du Bengale, à Plassey en 1757; elle marque le début
d'une ascension qui sonnera le glas de l'Inde française
et s'achèvera par la prise en main de l'ensemble du sous-continent
indien par les Britanniques.
Le temps de la Compagnie des Indes
Chronologie (1674) La double défaite des Français
à Madras et du nabab du Bengale marque l'échec
de toute tentative d'élimination des Britanniques ; la
France ne conserve plus que cinq comptoirs : Pondichéry,
Yanaon, Karikal, Mahé et Chandernagor. Les Britanniques,
en revanche, s'installent durablement.
Les conquêtes militaires Pour éviter de se trouver
en première ligne dans les conflits entre princes, la
Compagnie britannique des Indes orientales doit reprendre à
son compte la politique des Grands Moghols : s'allier aux puissances
dominantes du moment, au nord les Marathes, et au sud le nizam
de Hyderabad. Les Britanniques vont ainsi pouvoir renforcer
leur présence dans l'Inde du Sud : malgré la résistance
(1765-1799) de Haydar Ali puis celle de Tipu Sahib, ils s'emparent
de Mysore. Profitant de querelles de succession, ils prennent
le contrôle administratif de Madras puis de Tanjore (ou
Thanjavur), avant de placer, en 1822, le nizam de Hyderabad
sous protection militaire.
L'éclatement de la confédération marathe,
entre 1800 et 1810, leur permet ensuite de renforcer leurs positions
dans le Nord : ils prennent le contrôle du port de Surat,
puis d'Oudh. Ils se trouvent dès lors face à la
puissance dominante de l'Inde du Nord-Ouest, celle des sikhs,
constitués en empire depuis 1764. Ce n'est qu'après
vingt ans de guerre que les Britanniques arriveront à
les vaincre (en 1846), le relais des sikhs étant pris,
dès 1834, par les Afghans, qui résisteront jusqu'en
1914.
La rentabilité économique L'objectif premier de
la Compagnie reste le profit, et, pour faciliter l'exploitation
commerciale des Indes, les Britanniques introduisent un appareil
réglementaire de type occidental : modification du régime
foncier en 1793 ; création d'un corps de collecteurs
d'impôts, les zamindar, qui se transformeront progressivement
en «propriétaires» fonciers; instauration
d'un système judiciaire ; puis fondation d'un premier
collège anglo-indien en 1834. Ce cadre facilite les synergies
avec les autres implantations asiatiques de la Compagnie, en
premier lieu en Chine : le développement des plantations
d'opium au Bengale permet de compenser les achats de produits
chinois.
La révolte des cipayes (avril 1857-juin 1858)
C'est dans ce contexte de renforcement de la tutelle britannique
que l'annexion d'États sans héritiers directs
(Udaipur, Jhansi, Nagpur) met le feu aux poudres. Bon nombre
de princes, à commencer par les Marathes, vont alors
s'allier aux cipayes (les soldats indigènes de l'armée
des Indes), qui refusent les nouvelles cartouches enduites de
graisse animale. Coalition hétérogène,
la «grande mutinerie» échoue, et la répression
qui s'ensuit est particulièrement brutale. En substituant,
en 1858, la Couronne britannique à l'Empire moghol (le
dernier empereur est déporté en Birmanie), Londres
régle — mais pour un temps seulement —
le problème politique.
Le British Raj de 1858 à 1919 L'Inde sous l'administration
britannique
Chronologie (1876) Les Indes passent alors sous l'administration
d'un vice-roi et de l'Indian Civil Service. Peu nombreux, environ
100?000, pour dominer un si grand ensemble (4?7 millions
de kilomètres carrés), les Britanniques adoptent
un système mixte : les deux tiers du subcontinent sont
sous administration directe ; le tiers restant est laissé
aux princes (environ 600 au début du XXe siècle),
vassaux de la Couronne, localement représentée
par un résident qui jouit d'un droit de regard sur les
affaires intérieures et extérieures. Une véritable
idéologie coloniale, fondée sur la «supériorité
culturelle des conquérants», se développe.
Lorsque la reine Victoria prend le titre d'impératrice
des Indes, en 1876, la suprématie «impériale»
légitime toute intervention dans les successions princières.
Un développement économique. Le développement
des chemins de fer permet de mettre en valeur des régions
entières spécialisées dans les cultures
d'exportation (jute, thé, coton), lesquelles alimentent
les usines britanniques. Avec l'imposition du monopole des cotonnades,
les «indiennes» sont désormais fabriquées
dans le Lancashire, et les usines locales sont ruinées.
L'émergence d'une pensée politique. Le développement
d'une bourgeoisie indienne anglicisée, mais exclue de
l'appareil politique — en 1879, le nombre de fonctionnaires
indiens est limité à un sixième des effectifs —et
économiquement brimée, aboutit à la naissance
de deux courants, qui perdureront après l'indépendance,
l'un nationaliste et l'autre traditionaliste hindou. À
la différence des traditionalistes, dispersés
en une multitude de groupes, le parti du Congrès (fondé
en 1885 par un Britannique) réussit à structurer
le nationalisme en s'appuyant sur deux des trois premières
castes indiennes : les brahmanes et les vaiçya (caste
marchande), les castes princières «collaboratrices»
(les kshatriya ou rajput) restant à l'écart.
La question est alors de savoir si l'Inde est une nation ou
un simple concept géographique. En 1904, en partageant
le Bengale en deux entités, l'une musulmane et l'autre
hindoue, lord Curzon (vice-roi de 1898 à 1905) affirme
de facto l'inexistence de la nation indienne. Il pousse ainsi
les musulmans, qui constituent la première des minorités
de l'Empire (plus du quart de la population), à s'organiser,
et la Ligue musulmane est créée en 1906. Lorsque
les nationalistes étendront leur action au domaine économique
en prônant le boycott des marchandises anglaises, l'agitation
deviendra permanente, et les Britanniques y répondront
par une série de réformes ambiguës : en 1909,
la généralisation et le renforcement des conseils
provinciaux, mesure contrebalancée par la création
d'un électorat séparé pour les musulmans
; puis l'élection en 1919 de la majorité des membres
des conseils législatifs provinciaux, compensée
par un arsenal répressif largement utilisé, comme
en témoigne le massacre d'Amritsar (13 avril 1919,
au moins 379 morts), qui généralisa les procédures
d'exception.
En 1914, le retour de Gandhi en Inde, où il était
déjà connu pour son action contre l'apartheid
dont étaient victimes ses compatriotes d'Afrique du Sud,
augure d'une transformation du combat politique que se livrent
Indiens et Britanniques. Gandhi propose au parti du Congrès
une nouvelle méthode de lutte ; son discours, à
la fois moderne et traditionaliste, plaît autant aux paysans
pauvres et aux hors-castes qu'aux propriétaires terriens.
Sous son impulsion, la contestation antibritannique prend une
ampleur inconnue jusque-là.
De plus, la Première Guerre mondiale entraîne
l'Inde dans un conflit lointain, où sont engagés
1?2 million de combattants indiens. Les fantassins indiens,
souvent utilisés comme troupes de choc, paient un lourd
tribut à la guerre de mouvement puis de tranchées.
Le mécontentement se propage parmi les élites
indiennes.
La lutte pour l'indépendance (1919-1947)
Gandhi choisit d'utiliser deux «armes» de type
culturel : en jouant sur l'image traditionnelle du saint (sadhu
ou sannyasin), il rassemble les masses qu'un débat politique
occidentalisé ne pouvait mobiliser et, en fondant son
action sur la non-violence (ahimsa), il place les Britanniques
dans une position moralement inacceptable, ce qui lui confère
la position dominante de Mahatma («grande âme»)
au sein du Congrès. Le mouvement de lutte pour l'indépendance
va dès lors se dérouler en trois phases : désobéissance
civile, de 1919 à 1922 (grève générale,
mouvement de non-coopération, destruction des cotonnades
britanniques) ; négociation, de 1930 à 1940 (l'aile
gauche du Congrès réclame l'indépendance)
; pression pour obtenir le plus rapidement possible l'indépendance
(résolution «Quit India» lancée en
1942).
Le mouvement de non-coopération Les Indiens profitent
de la conjonction de deux mouvements : le Congrès et
Gandhi mettent en avant la non-coopération avec les Britanniques,
et s'allient aux musulmans, mécontents de la politique
britannique à l'égard de la Turquie au sortir
de la Grande Guerre. Le mouvement consiste à ne pas participer
à tout ce qui permet la domination britannique, depuis
le boycott des écoles et des tribunaux officiels jusqu'à
celui des marchandises comme les tissus de coton importés
d'Angleterre. Le mouvement prend fin lorsque Gandhi, bouleversé
par la tuerie de Chauri-Chaura (dans les United Provinces, au
nord du pays) au cours de laquelle vingt-deux policiers trouvent
la mort, prend conscience de l'impossibilité temporaire
de mener un mouvement non violent.
La marche du sel Après avoir fait voter par le Congrès
la revendication de l'indépendance au cas où les
Britanniques n'accorderaient pas à l'Inde le statut de
dominion avant fin 1929, Gandhi organise en 1930 une «marche
du sel» pour demander l'abolition de l'impôt sur
le sel. Les conséquences de la crise de 1929 et le succès
de «la marche du sel», en 1930, placent Gandhi en
position de négociateur lors de la conférence
de la Table ronde en 1930-1931. Pourtant, il n'obtient rien
du vice-roi, lord Irwin, qui au contraire, en 1931-1932, choisit
d'affronter le mouvement nationaliste (arrestations des dirigeants
du Congrès). Le projet constitutionnel britannique prévoyant
d'instituer des régimes électoraux séparés
pour les musulmans, les hors-castes et les sikhs, est abandonné
du fait de Gandhi qui, au moyen de son jeûne de 1932,
finit par faire céder le dirigeant hors-castes Bhimrao
Ram-ji Ambedkar, tandis que la réforme de 1935 «crée»
trente millions d'électeurs. Lors des élections
provinciales de 1937, le Congrès obtient un succès
électoral déterminant.
De son côté, la Grande-Bretagne réorganise
son empire : dans les années 1930, elle crée en
Inde l'État d'Orissa et la province du Sindh, gouvernée
par les musulmans ; d'autre part, la Birmanie est séparée
de l'Inde. Devant le succès du Congrès, les autres
mouvements se radicalisent. La Ligue musulmane de Muhammad Ali
Jinnah, reprenant une idée émise dans les années
1930 par le poète Muhammad Iqbal, demande à partir
de 1940 (conférence de Lahore) la création d'un
État musulman séparé.
«Quit India» Alors que les tensions montent en Europe
et laissent prévoir un conflit d'ampleur mondiale, le
parti du Congrès demande que l'Inde ne puisse être
engagée dans aucune guerre sans le consentement de son
peuple ou de ses représentants, et notamment qu'aucune
force armée indienne ne soit envoyée combattre
à l'étranger. Cependant, le vice-roi annonce,
dès la déclaration de guerre en Europe, que l'Inde
se trouve elle aussi en guerre. En 1940, le Congrès,
refuse la voie de la non-violence dans une situation de guerre
— en désaccord public sur ce point avec Gandhi —,
et appelle à une désobéissance civile individuelle,
à laquelle les Britanniques répliquent en incarcérant
quelque trente mille activistes. Après l'attaque japonaise
sur Pearl Harbour et l'entrée en guerre des États-Unis,
les dirigeants du Congrès se retrouvent divisés
: Subhas Chandra Bose choisit de soutenir le Japon contre les
Britanniques et forme une armée de libération
; Gandhi prône toujours la résistance non violente
dans le cas d'une éventuelle invasion japonaise, et est
de nouveau désavoué par le Congrès en décembre
1941 ; Nehru et la plupart des dirigeants du Congrès
demandent à la Grande-Bretagne qu'elle inscrive l'indépendance
de l'Inde comme l'un de ses buts de guerre, afin d'entraîner
les Indiens dans la résistance antijaponaise.
La commission Cripps. Les Britanniques, sous la houlette de
Churchill pour lequel l'Inde «constitue la gloire et la
puissance de l'Empire britannique», refusent toute idée
d'une Inde émancipée et déclinent l'offre
du Congrès. En mars 1942, ils envoient en Inde une mission
dirigée par sir Stafford Cripps, chargée de préparer
le futur d'une Inde à laquelle serait accordé
un statut de «self-governing dominion» («dominion
à gouvernement autonome»). Dans le même temps,
la commission Cripps offre la possibilité, aux provinces
et aux États princiers qui le souhaiteraient, de faire
sécession, une fois la guerre terminée ; or il
y a à ce moment en Inde quelque six cents États
princiers, et les Britanniques ouvrent ainsi toute grande la
voie à l'éclatement de l'Inde. Gandhi comme Nehru
rejettent la proposition de sir Stafford Cripps, qui quitte
très vite l'Inde. Les dirigeants du Congrès emprisonnés.
Le 8 août 1942, le Congrès lance le mouvement
Quit India as masters — «quittez l'Inde en
tant que maîtres» —, qui durera jusqu'en
1945. La résolution réclame la reconnaissance
immédiate de la liberté de l'Inde et la fin du
gouvernement du pays par les Britanniques, «à la
fois dans l'intérêt de l'Inde et pour le succès
de la cause des Nations unies. La poursuite de cette domination
est dégradante et affaiblissante pour l'Inde, et la rend
toujours moins capable de se défendre elle-même
et de contribuer à la cause de la liberté mondiale».
Les dirigeants du Congrès sont aussitôt emprisonnés
pour avoir refusé de soutenir l'effort de guerre. Aux
catastrophes agricoles — la famine de 1943, au Bengale,
fait 2 à 3 millions de morts, en partie à
cause de la destruction volontaire, afin de gêner une
éventuelle invasion japonaise, de la quasi-totalité
des embarcations disponibles, lesquelles permettaient le transport
des denrées — répond désormais
une violence politique incontrôlée. En 1945, les
Britanniques, poussés dans cette voie par les États-Unis,
hostiles à tout empire colonial, envisagent de quitter
l'Inde. De plus, les électeurs écartent Churchill,
qui restait opposé au retrait britannique d'Inde.
La sortie de la guerre. Le nouveau gouvernement de Londres est
de tendance travailliste, et la position du Premier ministre,
Clement Attlee, est plus favorable au désengagement britannique
d'Inde. Au début de 1946, la mission envoyée en
Inde par Londres dans le but de trouver un accord entre la Ligue
musulmane et le Congrès échoue à cause
de l'impossibilité de s'entendre sur la composition d'un
gouvernement de transition. La Ligue musulmane lance alors une
journée de protestation, le 16 août 1946 (Direct
Action Day), qui débouche sur une tuerie à Calcutta.
Les quelques mois qui suivent la fin de la guerre montrent l'incompatibilité
entre les diverses positions, incarnées par les musulmans
partisans de la Partition, les hindouistes nationalistes réclamant
un «État hindou», Gandhi mettant l'accent
sur l'Inde traditionnelle, et Nehru, partisan d'une «démocratie
socialiste». Le compromis est inévitable : les
Britanniques cherchent à se retirer au moindre coût,
tandis qu'au Congrès, les dirigeants — sauf
Gandhi — finissent par accepter l'idée d'une
partition du pays. Quant à Jinnah, qui avait d?abord
cherché à amener son organisation, la Ligue musulmane,
à s'entendre avec le Congrès, il estime que la
perspective d'un État musulman est la meilleure réponse
à l'«hindouisation» des positions du Congrès.
La Partition (1947)
Chronologie (1947) Chronologie (1948)
Tentative d'assassinat du mahatma Gandhi à Delhi (1948)
En février 1947, la Grande-Bretagne annonce qu'elle abandonnera
le pouvoir à une autorité indienne le 30 juin
1948 au plus tard. L'agitation ne cesse pourtant pas, et le
nouveau vice-roi, lord Mountbatten, accélère le
processus qui aboutit à l'indépendance. Malgré
l'action de Nehru et les jeûnes de Gandhi, lord Mountbatten
divise le subcontinent en deux : le Pakistan (occidental et
oriental), qui rassemble les provinces à majorité
musulmane, et l'Inde. La Partition, effectuée sur fond
de massacres et de guerre civile, fera quelque 14 millions
de réfugiés, sans pour autant régler la
question : un tiers des musulmans resteront sur le sol indien.
Assassiné en 1948 par un activiste nationaliste hindou,
Gandhi en paiera symboliquement le prix — à
la suite de cet assassinat, Nehru interdit le Rashtriya Swayamsavak
Sangh (RSS, «association des volontaires nationaux»,
parti hindouiste nationaliste).
L'Inde contemporaine Alors que l'Inde devient d?abord un dominion
— avant d'accéder à l'indépendance
pleine et entière une fois sa Constitution adoptée,
en 1950 —, le statut de certains États princiers
pose problème, tels le Cachemire, à souverain
hindou mais à population musulmane, le Hyderabad et le
Junagadh, à souverains musulmans mais à populations
hindoues. Si l'armée indienne s'empare sans difficulté
du Junagadh puis, en 1948, du Hyderabad, il en va différemment
du Cachemire, où les districts musulmans se révoltent
contre le maharadjah Hari Singh, lequel fait appel à
l'Inde. Il s'ensuit une première guerre indo-pakistanaise,
de 1947 à 1949, puis le rattachement sans référendum,
en dépit des accords de l'ONU, du Cachemire à
l'Inde, en 1956. L'Inde récupère ensuite les dernières
enclaves coloniales : la France cède ses comptoirs en
1954 — cession officialisée par le traité
du 28 mai 1956, ratifié par le Parlement français
en 1962 —, le Portugal perd Goa en 1961 — le
territoire est envahi par l'armée indienne et définitivement
rattaché à l'Inde en 1962. Une fois les problèmes
territoriaux réglés, l'évolution de l'Union
indienne, «la plus grande démocratie du monde»,
sera dominée par deux problèmes : l'un politique
(gestion du pluralisme ethnoculturel), l'autre économique
(choix d'un modèle de développement).
Les années Nehru (1948-1964)
Malgré un réel multipartisme, le Congrès
conserve une position dominante. Si, par le remodelage de certains
États sur une base ethnolinguistique (Assam, Pendjab,
Andhra Pradesh, Maharashtra, Gujerat…), les autorités
cherchent à créer des entités culturellement
viables, le fédéralisme reste pondéré
par des dispositions qui permettent au gouvernement central,
en cas de crise grave, de donner toutes directives aux autorités
provinciales.
La modernisation du pays Agnostique, le brahmane qu'est Nehru
abolit, en 1950, le régime des castes, au nom d'une laïcité
incompatible avec la prédominance, dans le domaine social,
du religieux. Il cherche à concilier croissance économique
et répartition des richesses, en lançant une réforme
agraire et en réservant certains secteurs économiques
aux entreprises d'État. Le résultat sera une progression
régulière du PIB, de l'ordre de 3 à 4 %
par an, légèrement supérieure à
la croissance démographique. La redistribution des terres
a cependant des effets négatifs sur l'assise électorale
du Congrès, les paysans aisés, qui en constituent
une des bases, se tournant alors vers d'autres partis, notamment
les hindouistes nationalistes qui prônent le «communalisme»
— renforcement du pouvoir des communautés,
contre le principe d'une Inde fédérative.
Une politique extérieure active Tout en maintenant l'Inde
dans le Commonwealth, Nehru cherche à lui donner un rôle
international. Dès mars 1947, soit avant l'indépendance,
l'Inde accueille une conférence asiatique réunissant
vingt-cinq pays du continent. Nehru est attaché à
l'indépendance nationale ainsi qu'à l'amitié
entre les peuples ; il élabore le concept de «non-alignement»,
à la fois anti-impérialiste et tiers-mondiste,
qui repose sur la coopération entre les diverses nations.
L'Inde est toujours présente lors des grands conflits
qui agitent le monde de l'après-guerre : elle condamne
l'agression de la Corée du Sud par la Corée du
Nord mais refuse de condamner Pékin ; elle condamne l'intervention
franco-anglo-israélienne à Suez en 1956 ; si elle
désapprouve l'intervention soviétique en Hongrie,
toujours en 1956, elle ne s'associe pas à la déclaration
des Nations unies demandant que des élections soient
organisées sous le contrôle de l'organisation internationale.
Cependant, le non-alignement n'est pas une politique de bascule
entre les blocs ; il correspond à ce que l'Inde considère
comme son intérêt propre, que le Premier ministre
associe à l'intérêt des peuples ; à
l'égard des peuples colonisés, l'attitude de l'Inde
est alors de soutenir les luttes de libération.
Les rapports de l'Inde avec le Pakistan sont marqués
par la modération dont fait preuve Nehru, qui doit pourtant
affronter une agitation hindouiste nationaliste parfois puissante.
En février 1950, les hindous sont victimes de violences
graves au Pakistan oriental — dix mille morts environ —,
ce qui entraîne un fort mouvement de migration vers l'Inde
; Nehru signe alors avec son homologue pakistanais, Liaqat,
un traité organisant la sécurité des minorités
dans les deux États. En 1960, l'Inde signe avec le Pakistan
un traité sur les eaux de l'Indus, qui règle le
conflit fluvial né de la Partition en organisant des
mécanismes pour concilier les intérêts agricoles
des deux pays.
La conférence de Bandung (document Le Monde) Sa propre
stature et le poids de son pays en Asie permettent à
Nehru de prendre la direction du mouvement afro-asiatique (conférence
de Bandung en 1955) et de jeter, avec Tito et Nasser, les bases
du mouvement des non-alignés. Son panasiatisme le conduit
à un rapprochement avec l'Union soviétique et
la Chine ; l'Inde signe notamment les accords de 1954 sur le
Tibet, dans lesquels sont proclamés les cinq principes
de la coexistence pacifique — respect mutuel de la
souveraineté, non-agression, coexistence pacifique, non-ingérence
dans les affaires intérieures, égalité
et bénéfice mutuel. Cependant, un conflit frontalier
avec la Chine — l'Aksai Chin, à l'est du
Cachemire est revendiqué par Pékin —,
en 1962, débouche sur la défaite militaire de
l'Inde.
Le gouvernement Shastri (1964-1966) La mort de Nehru,
en 1964, ajoute un problème supplémentaire à
une Inde empêtrée dans les conflits frontaliers
avec ses voisins du Nord. Son successeur est Lal Bahadur Shastri.
En 1965 éclate la seconde guerre avec le Pakistan. Né
de la Partition de 1947, le Pakistan est devenu en Asie du Sud
le principal allié des États-Unis et de l'Occident,
à une époque où prévaut la politique
des blocs ; il leur est lié par le traité de Manille
(1954) — qui débouchera sur l'Otase —
et le pacte de Bagdad conclu l'année suivante. Fort de
ce qu'il considère comme ses appuis diplomatiques, le
Pakistan pénètre au Cachemire le 1er
septembre 1965. La réplique indienne est immédiate
: le 3 septembre, l'armée indienne investit le Pendjab
pakistanais et domine très vite les opérations
sur le plan militaire comme diplomatique. Les États-Unis
refusent de soutenir le Pakistan, tandis que la Chine n'est
pas prête à intervenir contre l'Inde. Le cessez-le-feu
intervient le 22 septembre, et la déclaration de
Tachkent, signée le 10 janvier 1966 sous l'égide
des Nations unies, organise le retrait des belligérants
des territoires qu'ils occupent. Shastri meurt le lendemain
de la signature de cet accord, le 11 janvier 1966, et la
fille de Nehru, Indira Gandhi, qui réussit non sans mal
à rassembler le Congrès, lui succède alors.
L'ère d'Indira Gandhi (1966-1984)
La première tâche d'Indira Gandhi consiste à
conserver la majorité parlementaire au Congrès.
Mais si son parti emporte les élections de 1967, les
résultats montrent un effritement sensible, avec 54 %
des sièges à la Lok Sabha (Parlement), contre
plus de 70 % à l'époque de Nehru.
Difficultés internes À l'occasion de ces élections
apparaît un nouveau dirigeant hostile au Congrès,
issu d'une caste médiane, Charan Singh, dont l'ascension
le conduira un moment au pouvoir en 1979. De plus, le mécontentement
de l'aile droite du Congrès conduit à la scission
du parti en 1969 : l'aile droite — Congrès
(O) ou Old Congress —, conduite par le conservateur
Morarji Desai, s'oppose désormais au Congrès (R)
fidèle à Indira Gandhi. Pour renforcer sa position,
le Premier ministre mène une double stratégie.
D'une part, elle cherche à élargir sa base et
pousse le Congrès à s'appuyer sur les paysans
riches et la grande bourgeoisie : abolition des privilèges
princiers, nationalisation des banques et des compagnies d'assurances
— d'où le ralentissement de la croissance
économique entre 1970 et 1980 —, «révolution
verte», ces mesures étant prises au nom du «socialisme»,
inscrit dans la Constitution en 1976. D'autre part, elle cherche
à neutraliser l'opposition interne au Congrès.
Pour éliminer les rivaux à l'intérieur
de son propre parti, Indira Gandhi s'appuie sur les autres partis,
communistes et communalistes — les Tamouls du DMK
et les sikhs de l'Akali Dal. Lors des élections de 1971,
Indira Gandhi, sait trouver des accents populistes en s'adressant
directement aux couches les plus pauvres, comme le montre son
slogan «Garibi Hatao» — «finissons-en
avec la pauvreté». Le parti du Premier ministre
l'emporte largement, d'autant que ses adversaires ne parviennent
pas à s'entendre.
La révolution verte, succès ou échec??
Dès 1966, sous les premiers gouvernements d'Indira Gandhi,
est développée la politique agricole dite «révolution
verte», dont les résultats sont spectaculaires
à l'époque — l'Inde parvenant à
conserver plus ou moins son autosuffisance alimentaire —mais
dont les résultats à moyen terme apparaissent
comme beaucoup moins positifs.
La modification de la structure foncière entraîne
en effet un enrichissement des propriétaires disposant
des moyens financiers suffisants pour se tourner vers l'utilisation
de pesticides et d'engrais. La consommation moyenne d'engrais
passe ainsi de 1 kg par hectare dans les années
1950 à 32 kg au début des années 1980
et 47 kg en 1985 ; une part importante de l'agriculture
indienne entre dans un mode de production totalement différent,
alors que la population employée dans l'agriculture ne
diminue pas en pourcentage de la population totale — 70 %
environ entre 1960 et 1980 —, et qu'elle augmente
en nombre absolu. Il s'ensuit une réduction des surfaces
cultivées par famille, 58 % des exploitations agricoles
faisant moins de un hectare en 1985-1986 contre 40?7 %
en 1960-1961. Ce phénomène entraîne à
son tour une baisse de la quantité comme de la diversité
de la nourriture, ainsi que des tensions sociales fortes. D'une
part, les paysans pauvres sont obligés de vendre leurs
terres et de se louer comme ouvriers agricoles ; d'autre part,
la production de légumes, qu'ils obtenaient traditionnellement
dans le cadre de leur économie familiale, chute. Ainsi,
les légumes sont remplacés par les seuls produits
d'origine agro-industrielle — riz et blé notamment,
dont la consommation, qui était, en 1961-1962, de 17?5 kg
par mois dans les zones rurales et de 12?5 kg en milieu
urbain, passe respectivement à 14?2 et 10?9 kg en
1990. L'impact du déficit en fruits et légumes
sur le régime alimentaire des Indiens est tout aussi
préoccupant : la disponibilité en légumineuses
par personne et par an est passée de 24?3 kg en
1950-1959 à 13?7 kg en 1990-1992, alors qu'il faudrait
en consommer environ 25 kg par an selon l'Institut national
de la nutrition indien. Sur le plan de la biodiversité,
la révolution verte cause la perte de très nombreuses
variétés végétales : plusieurs centaines
de variétés de riz, telles que les variétés
à tiges longues ou celles se satisfaisant de moussons
médiocres, aux rendements moindres mais moins sensibles
aux aléas climatiques, disparaissent, ainsi que certaines
légumineuses et oléagineuses essentielles pour
l'alimentation et la fertilité du sol. Enfin, la tendance
à la monoculture favorise la propagation à grande
échelle de maladies.
L'amitié indo-soviétique Sur le plan de la politique
étrangère, l'ère Indira Gandhi correspond
à un plus grand rapprochement avec l'Union soviétique.
Pour trouver un allié de revers face au Pakistan soutenu
par les États-Unis, Indira Gandhi signe, en 1971, un
traité d'alliance avec Moscou. La crise du Pakistan oriental
provoque le départ de 10 millions de réfugiés
et conduit l'Inde à intervenir militairement en 1971
pour soutenir la création du Bangladesh. Ces succès
s'accompagnent de l'entrée de l'Inde dans le cercle des
puissances nucléaires en mai 1974.
L'état d'urgence En 1972 se déclenche une forte
opposition légale, qui conteste les résultats
du scrutin de 1971 et parvient à entraîner de larges
secteurs de la population dans des manifestations de masse — grève
des cheminots dirigée par le syndicaliste George Fernandes,
dont la carrière politique prend alors son élan.
Le mouvement «JP» — du nom de son dirigeant
charismatique, Jaya Prakash Narayan — parvient, à
partir de 1974, à réunir sous sa bannière
une grande partie des forces hostiles au Congrès (R).
L'inflation s'accélère et passe de 3?6 %
en 1970-1971 à 30 % par an en 1973-1974.
Indira Gandhi répond à ces défis par une
répression accrue. En juin 1975, le pouvoir judiciaire
invalide les élections de 1971, reprochant au Premier
ministre d'avoir mis au service de son parti des moyens appartenant
à l'État. Indira Gandhi, qui devrait alors abandonner
son poste de Premier ministre, utilise les pouvoirs que lui
donne l'article 352 de la Constitution : elle fait proclamer
l'état d'urgence en juin-juillet 1975 et fait arrêter
35?000 membres de l'opposition. Elle déclenche ainsi
une crise majeure, à laquelle elle pense mettre fin en
appelant, le 16 janvier 1977, à des élections
générales. Les principaux opposants au Congrès
se regroupent alors au sein du Janata Party, qui l'emporte largement
sur le Congrès en mars 1977.
Une alternance manquée
Le 24 mars 1977, l'opposant congressiste à Indira
Gandhi, Morarji Desai, devient Premier ministre. Il se trouve
à la tête d'une coalition rassemblant à
la fois des socialistes et des nationalistes hindous — Atal
Behari Vajpayee, un dirigeant hindou nationaliste, est ministre
des Affaires étrangères du gouvernement Desai.
En juillet 1979, à la suite de la démission de
Desai, Charan Singh devient Premier ministre, avec l'aide occulte
d'Indira Gandhi, mais il ne peut empêcher la coalition
au pouvoir de se désagréger.
Les dernières années d'Indira Gandhi Le vide politique
permet le retour d'Indira Gandhi à la tête du Congrès
; l'ex-Premier ministre a en effet su faire oublier son rôle
dans l'instauration de l'état d'urgence. Cependant, elle
doit provoquer une scission et créer le Congrès
(I) en 1978 pour regagner une marge de manœuvre politique
réelle. La Lok Sabha est dissoute en 1979, et les élections
de 1980 ramènent Indira Gandhi au pouvoir, tandis que
le Janata Party s'effondre. Mais le Premier ministre accélère
la déstabilisation du Pendjab, ce qui aboutit à
l'attaque, le 4 juin 1984, du temple d'Amritsar où
sont réfugiés des séparatistes sikhs, et
provoque en définitive son assassinat le 31 octobre
1984.
Les dernières années du Congrès (1984-1996)
Alors que des émeutes antisikhs se déroulent,
notamment à Delhi, la succession d'Indira Gandhi s'organise
: sans expérience politique, son fils Rajiv lui succède
à la tête du parti et du gouvernement. Le Congrès
(I) sort largement vainqueur des élections anticipées
de 1984 (415 sièges sur 517), en ayant choisi un
slogan qui montre le tournant qu'il compte prendre : «Faire
entrer l'Inde dans le XXIe siècle.»
La fin de la dynastie Nehru-Gandhi Le nouveau Premier ministre
et son ministre des Finances, Vishwanath Pratap Singh, cherchent
en effet à moderniser l'ensemble du système politico-économique.
La croissance devient, pour la première fois, l'objectif
prioritaire : parité entre secteurs public et privé,
ouverture de vingt-sept secteurs aux investissements privés,
augmentation des licences d'importation. Grâce à
un réel essor industriel, il réalise son objectif
d'une croissance de 5 % par an. Le déficit budgétaire
augmente lui aussi, ainsi que la dette extérieure de
l'Inde, qui passe de 7?8 milliards de dollars en 1970 à
24 milliards de dollars en 1981, puis 61 milliards
en 1990.
Rajiv Gandhi mène une politique extérieure entreprenante,
cherchant notamment à reprendre des relations cordiales
avec la Chine. Cependant, le Premier ministre ne parvient pas
à restaurer les consensus politiques : les émeutes
se multiplient, et la tension monte au Pendjab et au Tamil Nadu.
Le Congrès perd des sièges au profit des nationalistes
hindous du Bharatiya Janata Party — BJP, «parti
populaire du peuple indien», créé en 1980
après l'éclatement du Janata Party. Le BJP trouve
dans le communalisme — qui exalte les caractéristiques
des communautés religieuses, en l'occurrence des hindous —
une façon de contrecarrer la libéralisation en
cours. V?P? Singh, qui soupçonne des irrégularités
dans des contrats passés par la Défense, démissionne
en 1987, et se pose en successeur du Premier ministre. Celui-ci,
attaqué pour corruption, démissionne en 1989.
L'intermède Singh V. P. Singh, qui a pris alors
la tête d'une des coalitions de l'opposition, le Janata
Dal, avec l'appui du BJP, succède à Rajiv Gandhi
en décembre 1989. Fragilisé par l'aggravation
des tensions au Cachemire, il cherche à renforcer sa
base politique en augmentant les quotas réservés
aux basses castes et aux groupes tribaux dans la fonction publique
et les universités. Il s'appuie sur le rapport Mandal,
vieux d'une dizaine d'années, qui recommandait la création
de quotas pour les «Other Backward Classes» (OBC,
«autres classes arriérées»), et qu'aucun
gouvernement, depuis sa rédaction, n'avait voulu mettre
en œuvre du fait des nombreuses oppositions prévisibles.
Singh déclenche ainsi une nouvelle crise politique — le
BJP lui retire son soutien — et doit démissionner
le 11 novembre 1990. Chandra Sekhar lui succède,
mais démissionne en mars 1991, et la Lok Sabha est dissoute.
Tandis qu'une nouvelle campagne électorale se déroule,
Rajiv Gandhi est assassiné, le 21 mai 1991, par
des extrémistes tamouls.
Le retour du Congrès Les élections donnent une
majorité relative au Congrès (I), le BJP occupant
désormais la deuxième place sur l'échiquier
politique. Le nouveau Premier ministre, Narasimha Rao, qui a
été rappelé de sa quasi-retraite publique,
lance alors une politique d'ouverture aux investissements étrangers
visant à réinsérer l'Inde dans la compétition
mondiale, sous la houlette du nouveau ministre des Finances,
Manmohan Singh. La dette publique continue à augmenter,
et l'inflation, inférieure à 5 % durant les
années 1980, passe à 17 % en 1991. Cette
accentuation du tournant pris par l'Inde vers l'économie
de marché doit beaucoup à l'effondrement de son
principal allié, l'Union soviétique, qui la prive
d'alternative économique et l'oblige à renégocier
le paiement des équipements qu'elle a reçus durant
l'ère communiste, ainsi qu'à la guerre du Golfe
qui, en provoquant le rapatriement forcé de nombreux
travailleurs indiens de la région, coûte quelque
3 milliards de dollars à l'Inde. Cependant, la libéralisation
de l'économie met l'Inde au premier rang des «bons
élèves» du Fonds monétaire international,
avec une croissance qui se maintient autour de 5 % par
an dans les années 1990.
Sur le plan intérieur, les émeutes de décembre
1992, qui culminent avec la destruction de la mosquée
d'Ayodhya par les nationalistes hindous, entraînent en
1993 une flambée de violence religieuse, notamment à
Bombay, qui contribue à l'affaiblissement du Congrès
et se traduit par l'ascension du BJP. Le parti nationaliste
hindou, allié au Shiv Sena, un mouvement régionaliste
extrémiste et hindou militant, prend le contrôle,
en 1995, du Maharashtra, l'État le plus riche de l'Inde,
dont la capitale est Bombay. Puis le parti du Congrès
enregistre une défaite historique en mai 1996.
L'arrivée au pouvoir des nationalistes hindous Les années
1990 sont marquées par l'ascension électorale
du BJP, de 7?4 % des voix en 1984 à 20?3 %
en 1996 et 25?5 % en 1998. Mais, en 1996, le BJP ne peut
prétendre gouverner seul, et Vajpayee, qui a été
appelé pour former le gouvernement, démissionne
au bout de quelques jours. Le nouveau Premier ministre, Deve
Gowda, doit former un gouvernement de coalition avec l'appui
sans participation du Congrès. Il reste au pouvoir une
année, avant que la crise d'avril 1997 ne montre que
le Congrès reste encore une force politique incontournable
: en effet, le nouveau Premier ministre, Inder Kumar Gujral,
ne peut former un nouveau gouvernement qu'avec, de nouveau,
le soutien de ce dernier parti (1997-1998). Durant son court
ministère — Gujral démissionne dès
la fin de l'année, le Congrès lui refusant alors
son soutien —, il impulse une politique de détente
régionale, notamment avec le Népal — traité
sur le barrage de la Mahakali —, le Bangladesh — traité
sur partage des eaux du Gange —, la reprise du dialogue
avec le Pakistan et une politique d'apaisement au Sri Lanka.
Sur le plan économique, il poursuit la politique de déréglementation
mise en œuvre par Rao.
Les élections qui se déroulent en février-mars
1998 voient la victoire de l'Alliance démocratique nationale
(NDA selon le sigle anglais), coalition à la tête
de laquelle se trouve le BJP. Appelé au poste de Premier
ministre, Vajpayee doit composer, au sein de la nouvelle majorité
gouvernementale, avec des partis régionaux en forte progression,
qui représentent 21?9 % des voix. Le Congrès,
conduit par Sonia Gandhi, reste le premier parti en voix (25?7 %
de voix), mais son score correspond à sa pire défaite
depuis sa création. Enfin, les deux partis communistes
(CPI, «Communist Party of India», et CPI[M], «M»
pour «marxiste») et divers partis socialistes représentent
l'autre force politique d'importance en Inde.
En 1999, la coalition au pouvoir éclate, et de nouvelles
élections à la Lok Sabha sont organisées
en septembre-octobre, desquelles la NDA, transformée,
sort de nouveau vainqueur, avec 293 sièges sur 535,
dont 183 pour le BJP, tandis que le Congrès (I) n'obtient
que 112 sièges, contre 141 l'année précédente.
Cependant, en 2001, la coalition est minée par des difficultés
d'entente, comme en témoigne la démission du ministre
George Fernandes, le dirigeant du Samata Party, en mars, et
son retour au gouvernement comme ministre de la Défense
en octobre de cette même année.
Corruption, saffronisation et ouverture économique Le
système politique indien est soumis à une importante
corruption, qui s'exerce à tous les échelons,
y compris au niveau de la direction de l'État, et certains
membres du gouvernement ou des ministères sont périodiquement
accusés de diverses malversations. En 2001, la Chief
Minister du Tamil Nadu, l'ancienne actrice Jayalalithaa, doit
abandonner son poste de chef de cet État fédéré
pour corruption et élection illégale — cependant,
le 2 mars 2002, à la suite de sa victoire dans des
élections locales, Jayalalithaa, sur la demande du gouverneur
de l'État, reprend ses anciennes fonctions de Chief Minister,
le précédent titulaire ayant démissionné
pour lui offrir sa place.
Sur le plan économique, le gouvernement Vajpayee mène
une politique économique d'orientation libérale
: facilités accrues pour les investisseurs étrangers
; le Insurance Regulation Act, voté en 1999 par la Lok
Sabha, prévoit d'autoriser les firmes étrangères
à posséder jusqu'à 40 % d'une compagnie
indienne ; développement d'un axe de centres de recherches
industrielles et informatiques entre Mumbai et Pune…
Dans le même temps, la politique de propagation de l'hindouisme
prônée par le BJP — «saffronisation»,
la couleur jaune safran étant l'emblème de l'hindouisme —
reçoit un élan vigoureux. Elle est inspirée
par l'association politico-culturelle du Rashtriya Swayamsevak
Sangh (RSS) et son dirigeant, K?S? Sudarshan. Ainsi, le
RSS poursuit une action de longue date contre l'Église
catholique, qu'elle accuse de chercher à convertir les
groupes tribaux puis de les pousser à la sécession
— divers États de l'Union indienne, parmi
les derniers créés, sont des État où
habitent d'importants groupes tribaux, souvent convertis au
catholicisme. Quant à l'affaire d'Ayodhya —
où une mosquée a été détruite
par des hindous en 1992, elle reste l'un des thèmes récurrents
de la politique intérieure religieuse ; le gouvernement
Vajpayee, malgré ses engagements électoraux et
malgré l'opposition de certains de ses alliés
de la NDA, préconise la construction d'un temple hindou
et la reconstruction d'une nouvelle mosquée sur les lieux
de l'ancien bâtiment détruit. Sur le plan de l'éducation,
le gouvernement a tenté de généraliser
l'enseignement de l'astrologie hindoue dans les lycées
et les universités, mais il a rencontré une forte
opposition menée par les plus grands centres universitaires
et de recherches, comme l'Institut Indien des Sciences de Bangalore.
La politique étrangère des nationalistes Le refus
de l'Inde, en 1996, de signer le traité d'interdiction
des armes nucléaires (CTBT), l'arrivée au pouvoir,
en 1998, du BJP, les déclarations fermes, voire bellicistes,
du gouvernement Vajpayee contre le Pakistan et contre la Chine,
suivies de plusieurs essais nucléaires souterrains (mai
1998), déclenchent un vif regain de la tension internationale
dans la région. De mai à juillet 1999, des affrontement
dans le secteur de Kargil, au Cachemire, opposent l'Inde et
le Pakistan. Les Pakistanais, sous la pression internationale,
notamment de la part des États-Unis, sont contraints
de retirer leur appui aux séparatistes cachemiris, et
le gouvernement Vajpayee remporte ainsi sa première victoire
diplomatique d'envergure. Cependant, le Cachemire reste, en
2001, la cible de diverses attaques terroristes (attaque suicide
contre l'Assemblée d'État à Srinagar, le
1er octobre). Le 13 décembre 2001, un commando
suicide, composé de membres présumés de
deux réseaux islamistes implantés au Pakistan,
le Jaish-e-Mohammad et le Lashkar-i-Taïba, parvient à
s'introduire au Parlement à New Delhi ; cette attaque
terroriste conduit à un brutal regain de tension entre
l'Inde et le Pakistan.
Les problèmes économiques Les infrastructures
économiques du pays demeurent inadaptées ; la
dette de l'Inde (98?2 milliards de dollars en 2001) en
fait l'un des principaux débiteurs mondiaux, loin cependant
derrière le Mexique, le Brésil, la Chine ou l'Indonésie.
Cependant, si l'on estime que le marché indien compte
entre cent et deux cents millions de consommateurs solvables
potentiels, la masse de déshérités sans
perspective réelle de réussite économique
demeure importante : selon la Banque mondiale, en
2001, 340 millions d'Indiens survivent avec moins de un
dollar par jour — alors qu'un kilo de riz, en 2001,
ne vaut pas moins de quinze roupies, soit un tiers de dollar.
État et institutions L'Union indienne est née
en 1947. L'immensité du pays, l'importance et la diversité
de sa population, l'originalité de son système
socio-religieux amenèrent les fondateurs du nouvel État
à rechercher des solutions constitutionnelles et politiques
qui tiennent compte à la fois de la centralisation, qu'ils
jugeaient nécessaire, et du maintien d'une importante
capacité d'initiative régionale.
L'Union indienne
L'Union indienne est un État fédéral composé
(en 2001) de vingt-huit États et de sept Territoires.
Les États sont : Andhra Pradesh ; Arunachal Pradesh ;
Assam ; Bengale-Occidental ; Bihar ; Chhatisgarh ; Goa ; Gujerat
; Haryana ; Himachal Pradesh ; Jammu-et-Cachemire ; Jharkhand
; Karnataka ; Kerala ; Madhya Pradesh ; Maharashtra ; Manipur
; Meghalaya ; Mizoram ; Nagaland ; Orissa ; Punjab ; Rajasthan
; Sikkim ; Tamil Nadu ; Tripura ; Uttar Pradesh ; Uttaranchal.
Quant aux sept Territoires, il s'agit de : Andaman-et-Nicobar
; Chandigarh ; Dadra et Nagar Haveli ; Delhi ; Daman et Diu
; Laquedives (Lakshadsweep) ; Pondichéry.
La question de la cohérence des États formant
l'Union indienne fut l'une des premières difficultés
que dut résoudre le gouvernement de l'Inde indépendante.
Les dirigeants, dans le souci de contrer toutes les tentatives
d'éclatement du pays, choisirent de ne pas retenir la
langue comme critère déterminant. Cependant, en
1952, à la suite du jeûne à mort d'un dirigeant
du Congrès qui demandait la création d'un État
linguistiquement cohérent fondé sur la langue
telugu, fut créé l'État d'Andhra Pradesh.
En 1956, le gouvernement fédéral décida
de créer seize nouveaux États et six Territoires
fédéraux. En 1960, les locuteurs du gujarati obtinrent
la création du Gujerat, qui se détacha du Maharashtra,
dominé par les locuteurs du marathi. L'Haryana se sépara
du Pendjab en 1966. Certains États ont parfois changé
de nom ; d'autres ont changé de statut, comme Goa qui
fut d?abord un Territoire (1962) avant de devenir un État
(1987) ; le Nagaland devint un Territoire en 1972 pour satisfaire
les revendications des Nagas et fut promu État en 1986,
tandis que l'État du Mizoram fut créé lui
aussi en 1986 à la demande des Mizos. Les trois derniers
États nouvellement créés, en novembre 2000,
sont le Jharkhand, l'Uttaranchal et le Chhatisgarh. Il existe
encore de nombreuses revendications de création d'États,
notamment dans les actuels Uttar Pradesh, Bihar, Gujerat, Maharashtra
et Madhya Pradesh.
La souveraineté réelle de l'Inde ne couvre pas
tout le territoire revendiqué comme faisant partie du
Jammu-et-Cachemire — le nord et l'est de cet État
sont occupés respectivement par le Pakistan et la Chine.
La Constitution de 1950 La Constitution adoptée le 26 janvier
1950 organise le pouvoir central et le pouvoir des États
— le texte en est l'un des plus longs du monde. À
la tête de l'État fédéral se trouve
le président de la République, élu pour
cinq ans, en même temps qu'un vice-président, par
les deux chambres du Parlement. Il désigne le Premier
ministre, chef du gouvernement et du pouvoir exécutif,
qui est le chef du parti ou de la coalition de partis majoritaire.
Le pouvoir législatif est partagé entre le Parlement
fédéral et les Assemblées législatives
des États. Le Parlement, qui siège à New
Delhi, est formé de deux chambres : la Lok Sabha (Chambre
basse ou Chambre du peuple), avec 545 membres (appelés
«MP» dans la terminologie indienne courante, soit
«members of Parliament») élus pour cinq ans
au suffrage universel, auxquels il faut ajouter 10 membres nommés
par le Président ; la Rajya Sabha (Chambre haute ou Conseil
des États), avec 242 membres, choisis pour six ans par
les Assemblées législatives des États et
renouvelables par tiers tous les deux ans, auxquels il faut
ajouter 8 membres nommés par le Président. La
Lok Sabha détient la réalité du pouvoir
législatif.
Chaque État est organisé d'une façon similaire
à l'État fédéral. Il est doté
d'une Assemblée législative élue (Vidhyan
Sabha) et d'un gouvernement pris dans la majorité de
l'assemblée et dirigé par un Chief Minister («ministre
principal»). Le gouvernement fédéral y est
représenté par un gouverneur. Le gouvernement
d'un État peut donc être d'une sensibilité
politique différente du gouvernement central.
Les Territoires sont administrés directement par le
pouvoir central pour des raisons stratégiques ou historiques
; un gouverneur est placé à la tête de chacun
des Territoires.
L'Inde fait partie du Commonwealth britannique.
Le partage du pouvoir Les rapports entre les États et
le gouvernement central sont régis par divers articles
de la Constitution, et précisés dans trois listes,
dont les deux premières établissent les domaines
de compétence exclusive de l'État fédéral
et des États, et la troisième celles des compétences
partagées — dans la pratique, cependant, l'Union
— le Centre dispose de pouvoirs nettement plus
importants. Relèvent du Centre les questions militaires,
la diplomatie, les communications, la monnaie et une partie
des impôts ; les États, quant à eux, ont
en théorie la maîtrise de l'ordre public, de l'administration
locale, des services publics et des impôts non pris en
charge par le Centre — en matière d'éducation,
un amendement de 1976 a fait passer ce domaine crucial pour
l'avenir du pays de la compétence des seuls États
à celle, conjointe, des États et du Centre.
Désaccords entre le Centre et les États En cas
de désaccords entre le Centre et un ou plusieurs États,
l'article 246 de la Constitution accorde la primauté
au Parlement national, au détriment des Assemblées
des États. Le gouvernement de l'Union est de plus autorisé
à imposer des directives aux États, et même
à se substituer au gouvernement de l'État en cas
de crise ou de troubles. Les procédures d'urgence sont
nombreuses — or, l'Inde a vécu sous l'état
d'urgence de 1962 à 1968 (pénétration des
troupes chinoises au nord-ouest, puis guerre avec le Pakistan),
puis de 1971 à 1977 (nouveau conflit avec le Pakistan,
et troubles intérieurs à partir de 1975, sous
Indira Gandhi). L'article 352 autorise ainsi le gouvernement
central à donner toute directive à un État
membre, et, en cas de crise grave, l'article 356 permet au président
de la République d'assumer tout ou partie du gouvernement
d'un État ; le gouverneur proclame alors la President?s
Rule («autorité du président»), et
le pouvoir revient au pouvoir fédéral.
La corruption, qui se développe dans l'ensemble de l'appareil
politique de l'Union, amène la Cour suprême à
intervenir directement dans la vie politique. Ainsi, en septembre
2001, la Cour suprême a annulé la nomination du
Chief Minister du Tamil Nadu, Mme Jayalalithaa, bien qu'elle
fût élue ; en effet, elle tombait sous le coup
de la loi anticorruption (Prevention of Corruption Act), et
elle était alors inéligible selon la loi — la
légitimité constitutionnelle l'emporte ainsi sur
la légitimité électorale.
Les pouvoirs locaux Au niveau local, le pouvoir traditionnel
appartenait à un conseil villageois de cinq membres,
le panchayat, qui regroupait les chefs des castes localement
dominantes. Gandhi souhaitait que le panchayat subsistât,
mais élu par les villageois, projet qui ne fut pas retenu.
En 1959, le pouvoir local fut structuré ainsi : des conseils
de villages élus désignaient des conseils de cantons,
qui élisaient à leur tour des conseils de districts.
Dans la pratique, les castes dominantes ont continué
à dominer largement ces instances de pouvoir locales.
Cependant, une campagne plus récente, intitulé
panchayati raj, vise à faire progresser la décentralisation
et à sortir de leur marginalité les communautés
rurales.
L'État et la religion L'article 25