C'est sur l'actuel territoire pakistanais que se sont épanouies,
il y a 4000 ou 5000 ans, les premières
civilisations, celles de l'Indus. Des peuples dravidiens occupent
le nord du sous-continent indien et s'installent près
des fleuves, où, grâce à leur maîtrise
de l'irrigation, ils pratiquent la céréaliculture.
C'est alors que se développe une civilisation urbaine
dont subsistent, notamment, les vestiges de Mohenjo-Daro et
de Harappa. Un urbanisme évolué – où
abondent entrepôts, silos, réservoirs et jarres
– sert de support à l'apparition d'une caste de
marchands qui va tisser des liens avec les Sumériens
de Mésopotamie. L'écriture, connue par de courtes
inscriptions sur des sceaux, reste énigmatique. Le déclin
de ces civilisations se situe vers 1800 av. J-C
Les vagues d'envahisseurs
Vers la moitié du IIe millénaire av. J-C
déferlent les premiers envahisseurs venus d'Asie centrale.
Ces peuples indo-européens, ou aryens, lorsqu'ils ne
guerroient pas, sont des pasteurs itinérants. Ils apportent
la métallurgie du fer, l'usage du cheval et une organisation
sociale fondée sur le système des castes. Après
avoir repoussé les populations dravidiennes, qui fuient
vers le sud de la péninsule indienne, ils se sédentarisent
puis subissent les assauts de nouvelles invasions venues du
nord-ouest. Les grands centres urbains périclitent avec
eux.
Dominations et empires se succèdent ensuite au fil des
siècles. Les régions de plaine de l'Indus sont
intégrées à l'Empire achéménide
et versent tribut au Roi des rois. Alexandre le Grand lance
une expédition jusqu'au Pendjab et redescend le cours
de l'Indus en 326 av. J-C L'actuel Pakistan est
ensuite divisé entre l'empire des Mauryas et les royaumes
gréco-bactriens. Açoka (IIIe siècle av. J-C)
y propage la foi bouddhique; à partir du Gandhara, celle-ci
rayonne vers l'Asie centrale et l'Extrême-Orient.
Soumise à différentes invasions – dont
celles des Guptas et des Huns –, la région tombe
dans l'anarchie et se scinde, à partir du Ve siècle apr. J-C,
en petits royaumes.
La diffusion de l'islam et l'Empire moghol
Les Arabes, qui pénètrent dans le Sind vers 712,
diffusent l'islam. Cette région est pour un temps englobée
dans le califat de Bagdad. Dans le Pendjab, islamisé
à son tour, se succèdent pendant plus de trois
cent cinquante ans dynasties turques et afghanes. En 1526,
l'émir Baber, venu du Fergana, franchit les passes qui
séparent l'Afghanistan du Pakistan et étend son
pouvoir au-delà d'Agra. C'est le début de l'Empire
moghol. Pères et fils se succèdent sur quatre
générations en l'espace de cent cinquante ans,
ce qui permet une remarquable stabilité de l'administration
et un épanouissement parfois somptueux de la vie sociale,
artistique et culturelle. C'est à propos des quatre empereurs
Akbar, Djahangir, Chah Djahan et Aurangzeb, que l'on utilise
l'expression «Grands Moghols». Les empereurs sont
des protecteurs des lettres et des arts. Les villes s'épanouissent
avec leurs mosquées, leurs palais, leurs murs d'enceinte
et leurs jardins. Lahore devient l'une des capitales des Grands
Moghols, au même titre que Delhi ou Agra. L'épanouissement
culturel de l'Empire moghol culmine sous la règne d'Akbar
(1556-1605). Au XVIIIe siècle, l'Empire est en déclin
et se fragmente sous la pression des États voisins.
La domination britannique
Les terres de l'Indus tombent sous la domination britannique
au cours de la première moitié du XIXe siècle.
Après une première guerre anglo-afghane, le Sind
passe sous le contrôle de la Couronne britannique en 1843
et le Pendjab est occupé par la Compagnie anglaise des
Indes six ans plus tard. La révolte des cipayes (1857-1858),
durement réprimée, est le dernier sursaut nationaliste
des princes musulmans: le Pakistan est englobé dans l'empire
des Indes.
Les musulmans sont écartés des responsabilités
politiques et administratives, plus volontiers confiées
aux hindous, et très peu sont enrôlés dans
l'armée.
L'affirmation du sentiment national
Les milieux musulmans sont convaincus de l'affaiblissement des
Britanniques. La Ligue musulmane, fondée en 1906,
s'engage dans la lutte contre l'hégémonie des
hindous et revendique l'indépendance. En 1930, sous
l'influence du poète sir Mohammad Iqbal, les musulmans
élaborent les fondements d'un futur État pakistanais
(le «Pays des purs»), qui aurait pour vocation de
rassembler toutes les provinces de l'Inde à majorité
musulmane. Muhammad Ali Jinnah réorganise la Ligue musulmane
et la transforme en un parti de masse. En 1940 est adoptée
à Lahore une résolution exigeant la création
d'un État pakistanais indépendant. Le clivage
entre les deux communautés est de plus en plus marqué.
À la veille de l'indépendance, les hindous ne
veulent pas de division. De leur côté, les Britanniques
cherchent à préserver l'unité de leur empire.
La création du Pakistan L'année 1946 voit
se multiplier les heurts sanglants entre les deux communautés.
Le vice-roi, lord Mountbatten, est contraint d'accepter la partition.
La proclamation de l'indépendance (14 août 1947)
s'accompagne de massifs et meurtriers transferts de population:
8 millions d'hindous et de sikhs sont transférés
du Pendjab vers le territoire indien; plus de 6 millions
de musulmans de l'Inde se réfugient au Pakistan. Le nouvel
État couvre 23 % du sous-continent indien et abrite
les trois cinquièmes des musulmans de l'Asie du Sud.
Il présente la caractéristique d'être constitué
de deux entités territoriales distantes de 1?700 km.
Le Pakistan oriental comprend le Bengale oriental, le Pakistan
occidental rassemble le Sind, le Pendjab occidental, le Baloutchistan,
les provinces frontalières du Nord-Ouest et un certain
nombre de petits États qui ont choisi de se rallier à
la nouvelle nation islamique.
L'antagonisme indo-pakistanais Le nouvel État est en
proie à de très grandes difficultés: il
faut réinstaller les réfugiés, créer
une administration, mettre sur pied une armée, fonder
une industrie, partager avec l'Inde les eaux du Pendjab et surtout
assurer le fonctionnement d'une entité géographique
éclatée. La question du Cachemire, en outre, est
une source permanente de très graves tensions avec l'Inde.
Sur le plan interne se succèdent les coups d'État
qui portent au pouvoir des équipes successives de militaires.
Le mécontentement est surtout prononcé au Pakistan
oriental, où la population bengali musulmane, organisée
au sein de la ligue Awami, se sent plus proche de l'Inde (pays
où elle est enclavée) que d'un Pakistan occidental
dominateur bien que plus lointain. Les troubles se succèdent
et la guerre civile éclate en 1971: l'armée
pakistanaise intervient au Bengale. Un conflit ouvert l'oppose
à l'armée indienne, qui soutient le Bengale. Défait,
le Pakistan est contraint d'accepter un cessez-le-feu le 16 décembre.
Le Pakistan oriental, indépendant, devient le Bangladesh.
Le Pakistan, qui s'est retiré du Commonwealth en 1972,
reconnaît le nouvel État en 1974.
D'Ali à Benazir Bhutto, puis Nawaz Sharif Le Pakistan
est une république islamique où la vie politique,
très heurtée, est marquée par le poids
des militaires. Après la scission du Bangladesh, Ali
Bhutto, qui doit affermir la cohésion nationale de la
nouvelle entité pakistanaise, fait adopter en 1973
une Constitution établissant un régime présidentiel.
Mais, alors que la vie politique reste très mouvementée,
le général Zia ul-Haq organise un coup d'État
en juillet 1977, prend le pouvoir et instaure la loi martiale.
Le pouvoir présidentiel est renforcé, tandis que
l'armée s'implique très fortement dans la sphère
politique. Un système technocratico-militaire domine
le pays avec l'aval des propriétaires de grands domaines
semi-féodaux. Les opposants sont emprisonnés.
La pendaison d'Ali Bhutto en 1979 soulève une réprobation
internationale; la presse est étroitement surveillée.
Le général Zia ul-Haq favorise une pratique rigoriste
de l'islam. Après sa disparition dans un accident d'avion
(1988), il est remplacé par Ghulam Ishaq Khan, alors
président du Sénat. Celui-ci appelle au poste
de Premier ministre Benazir Bhutto, fille d'Ali Bhutto, après
la victoire du PPP (Pakistan?s People Party) aux élections
de 1988. En 1990, la première femme à
diriger un pays musulman est destituée et remplacée
par Mian Nawaz Sharif, qui s'oppose très rapidement au
président de la République. Les élections
législatives organisées en octobre 1993 ramènent
Benazir Bhutto au pouvoir. Mais, après avoir été
démise de ses fonctions en novembre 1996, par le président
de la République, Farooq Ahmed Leghari, usant de ses
pouvoirs constitutionnels comme le lui demandait l'opposition,
Benazir Bhutto, subit l'année suivante une sévère
défaite aux élections législatives; Muhammad
Nawaz Sharif, chef de la Ligue musulmane qui enlève les
trois quarts des sièges, devient le nouveau Premier ministre
du pays. En 1998, Muhammad Rafiq Tarar, membre de la Ligue
musulmane, succède à Farooq Ahmed Leghari, démissionnaire,
à la tête de l'État. En 1999, la signature
avec l'Inde, d'un accord historique pour réduire les
risques de guerre nucléaire accidentelle entre les deux
pays, n'a pas empêché les vieux antagonismes de
resurgir, et les deux signataires de se livrer à une
nouvelle surenchère d'essais nucléaires. L'année
1999 fut également marquée par le coup d'État
organisé par la junte militaire, qui conduisit à
la destitution du président Tarar et au renversement
du gouvernement de Muhammad Nawaz Sharif. Dès son arrivée
au pouvoir, le général Pervez Musharraf, devenu
chef de l'exécutif, suspendit les Assemblées et
proclama l'état d'urgence. Les conditions de vie de la
population s'étant fortement dégradées
sous le régime précédent, Musharraf mit
en œuvre de nouvelles réformes structurelles destinées
à favoriser le redressement de l'économie et à
lutter contre la corruption. Outre une réforme fiscale,
il s'employa ainsi à récupérer les fonds
détournés par des politiciens et estimés
à près de 50 milliards de dollars (56 milliards
d'euros) par l'ONU. Nommé chef de l'État en juin
2001, Musharraf a clairement positionné le Pakistan du
côté de la coalition anti-terroriste à la
suite des attentats perpétrés contre les États-Unis
en septembre et attribués au groupe extrémiste
al-Qaeda d'Oussama Ben Laden.