D'abord constitué au Tonkin, le Viêt-nam, au cours
de sa longue histoire, a toujours cherché à s'étendre
vers le Sud, tout en se défendant des visées expansionnistes
de son puissant voisin du Nord, la Chine. Son unité nationale
s'est forgée au terme d'une histoire jalonnée
de guerres, de conquête ou de libération, dont
les dernières – qui se sont étendues sur
une période de trente ans (1945-1975) – ont été
particulièrement ravageuses pour les populations civiles.
La préhistoire
Les vestiges mis au jour sur le site de Nui-Dô (province
de Thanh Hoa) attestent de la présence humaine sur le
sol vietnamien depuis le paléolithique. Au néolithique
(sites de Bac-Son et de Hoà-Bînh), le brassage,
dans le delta du fleuve Rouge (Sông Hông), de tribus
viêts, de Muongs et de populations chinoises et indonésiennes
donna naissance au peuple vietnamien. À la fin du IIe millénaire
av. J-C (date traditionnelle : 1042 av. J-C),
apparaît la civilisation dite «des tambours de bronze»,
dont le principal site est Dông Son (au nord-est de Thanh
Hoa); les objets découverts dans les fouilles témoignent
des relations commerciales que les dynasties semi-légendaires
des Cent principautés du Bach Viêt entretenaient
alors avec la Chine du Sud et l'Indonésie. Au milieu
du IIIe siècle av. J-C (date traditionnelle
: 247 av. J-C), An-Duong, souverain de l'une de ces
principautés, le Tây-Au (aujourd'hui le Yunnan),
s'empara du royaume voisin du Lac-Viêt et l'annexa pour
former le royaume du Au-Lac (contraction de Tây-Au et
de Lac-Viêt), sur lequel il régna jusqu'en 208 av. J-C
Sa capitale était établie à environ 20 km
de l'Hanoi actuelle. En 258 av. J-C, le royaume du
Au-Lac fut à son tour intégré au Nam-Viêt,
l'une des Cent principautés viêts des côtes
du Tonkin, sur laquelle régnait la dynastie plus ou moins
sinisée des Triêu.
Mille ans de domination chinoise
L'Asie vers 750
Le Nam-Viêt, que les Chinois appelaient Nan yue guo (le
«royaume des Yue du Sud») s'étendait jusqu'au
16e parallèle, aux environs de l'actuelle Da Nang.
En 111 av. J-C, le Nam-Viêt fut conquis par
le général chinois Lou Po-to et incorporé
à l'Empire des Han, qui établit une commanderie
à Xiang (aujourd'hui Hanoi). La domination chinoise ainsi
établie dura plus de 1.000 ans (jusqu'en 938
après J-C) et marqua profondément le Viêt-nam,
tant au point de vue des techniques que de la culture et de
l'organisation sociale et politique (fonctionnaires mandarins
recrutés par concours, diffusion du confucianisme, du
taoïsme, du bouddhisme, et de l'écriture par idéogrammes).
Cette domination, bien qu'elle ait apporté au royaume
viêtnamien les bienfaits d'une civilisation alors plus
avancée, et lui ait ultérieurement permis de s'affirmer
de manière autonome, fut ponctuée de cruels abus,
qui furent à l'origine de nombreux soulèvements
: le premier d'entre eux, en 39 apr. J-C, fut mené
par les deux sœurs Trung-Trac et Trung-Nhi, encore saluées
aujourd'hui comme des héroïnes de l'indépendance
nationale du Viêt-nam, et il fallut au général
Ma Yuan («le général dompteur des flots»)
quatre années de guerre pour en venir à bout ;
ce soulèvement fut suivi de nombreux autres, tels ceux
de Triêu-Au en 248, de Ly-Bôn en 544, de Phùng-Hung
en 793,... Les gouverneurs chinois de l'An-nam dô-hô-phu
(«Protectorat général de l'Annam»)
durent également s'opposer aux tentatives d'expansion
vers le Nord du royaume hindouisé du Champa (le Lin-Yi
des Chinois), fondé par les Chams en 192 dans la
région de Huê, et qui contrôlait les territoires
du centre et du sud du Viêt-nam actuel. La domination
chinoise s'exerça cependant sur le Viêt-nam jusqu'en
939, date à laquelle Ngô-Quyên, vainqueur
de la bataille de Bach-Dang, libéra le Nam-Viêt
de l'emprise des Han du Sud. Sa mort, cinq ans plus tard, allait
replonger temporairement le pays dans l'anarchie (période
«des douze Su-quân») mais, en 968, le roi
Dinh-Tiên-Hoàng parvint à reconstituer un
empire unifié et indépendant, le Dai-Cô-Viêt.
En 981, le Dai-Cô-Viêt repoussa victorieusement
une dernière tentative des Song, mettant ainsi un terme
définitif à la longue hégémonie
que les Empires chinois et les royaumes de la Chine du Sud exerçaient
sans interruption depuis plus de mille ans dans le bassin du
fleuve Rouge et sur les côtes de l'Annam.
Les dynasties nationales et la poussée vers le Sud À
la brève dynastie des Ngô (939-968) fondée
par Ngô-Quyên, succéda ainsi celle des Dinh
(968-980), puis celle des Lê antérieurs (980-1009)
et, surtout, celle des Ly (1010-1225) et des Trân (1225-1400),
qui jetèrent les bases de la puissance vietnamienne au
terme d'importantes réformes: renforcement de l'autorité
royale et amélioration de l'organisation administrative
du pays. Édifiée sur le site actuel d'Hanoi par
ordre de Ly Thai Tô, fondateur de la dynastie des Ly,
Thang Long («le dragon qui s'envole») devint, en
1010, la capitale d'un État qui prit le nom du Dai Viêt.
Le pays fut partagé en vingt-quatre provinces. La cour
obéissait à une hiérarchie stricte, avec
un double corps de mandarins, civil et militaire. La création
d'une puissante armée nationale, fer de lance de la lutte
contre le Champa, favorisa l'avancée progressive du Dai
Viêt vers le Sud; dès le XIe siècle,
les provinces de Quang Binh et de Quang Tri furent annexées.
En outre, les Ly instaurèrent une législation
écrite et apportèrent un soin particulier au développement
économique. Aux Ly succédèrent les Trân
(1225-1413) qui allaient œuvrer dans le même sens.
La consolidation de l'indépendance, le développement
économique, la constitution d'un pouvoir centralisé
sous les dynasties Lê, Ly et Trân permirent l'affirmation
d'une culture nationale originale, bien qu'encore fortement
influencée par la civilisation chinoise. Ces dynasties
durent encore défendre leur territoire: les Ly contre
les Chinois au XIe siècle, et les Trân contre
les Mongols (1257, 1282, 1287). À la fin du XIVe siècle,
une grave crise politique et sociale ébranla le pays;
en 1406, les Ming en profitèrent pour lancer une armée
de 200?000 hommes qui envahit le Dai Viêt et chassa
le dernier souverain Trân. Mais cette occupation militaire
du bassin du fleuve Rouge ne put être maintenue : dès
1418, un mouvement de libération souleva le pays contre
l'occupant chinois, qu'il finit par rejeter du territoire en
1427. Le chef de ce soulèvement, Lê Loi, un propriétaire
foncier, fonda la nouvelle dynastie des Lê postérieurs
(1428-1789), qui connut son apogée sous le règne
de Lê Thanh Tông (1460-1497). Celui-ci favorisa
l'agriculture, développa le réseau de digues et
de canaux, fixa le partage des terres communales, ce qui eut
pour effet d'améliorer la production agricole. Avec la
disparition des grands domaines, la centralisation administrative
atteignit son plus haut degré, et la bureaucratie des
mandarins bénéficia de nombreux privilèges.
Pour servir cette administration, un appareil législatif
fut institué en 1483 (code Hông Duc, premier code
complet de l'histoire du Viêt-nam). Les frontières
méridionales furent repoussées, grâce à
une victoire décisive sur le Champa (1471), suivie d'une
colonisation militaire (dôn diên) des territoires
conquis, des plaines de l'Annam, de Quang Tri jusqu'au cap Varella;
en outre, le Dai Viêt imposa sa suzeraineté aux
royaumes laos du Mékong. La société féodale,
sous les premiers rois Lê, au XVe siècle,
connut un brillant essor, mais les souverains suivants ne purent
faire face aux nombreuses révoltes et la décadence
se manifesta de plus en plus au XVIIe siècle.
Nominalement, les rois Lê régnaient sur tout le
pays, mais en réalité deux familles rivales se
le partageaient: les Trinh dans le Nord (le futur Tonkin des
Européens), les Nguyên dans le Sud, qui établirent
leur capitale à Huê. De 1627 à 1672, le
Nord et le Sud se livrèrent des guerres incessantes,
qui laissèrent la victoire finale au Sud. Dans le Nord,
les Trinh avaient établi une société très
hiérarchisée, sur le modèle chinois. Les
mandarins, qui concentraient la propriété foncière,
soumirent les paysans à de durs impôts. Dans le
Sud, les Nguyên organisèrent une société
moins stricte. Ils achevèrent le démembrement
du royaume du Champa, prirent Saigon en 1698; enfin, poursuivant
leur expansion vers le Sud au détriment de l'Empire khmer,
tombé en décadence, ils occupèrent le delta
du Mékong. À la fin du XVIIIe siècle,
la colonisation vietnamienne aborda les provinces du Transbassac,
et le Cambodge passa progressivement sous le double protectorat
des Thaïs, à l'ouest, et des Vietnamiens, à
l'est, ces derniers devenant ainsi les maîtres de toute
la région qui sera appelée Cochinchine par les
Européens. Ceux-ci, missionnaires et commerçants,
avaient commencé à s'établir dans le pays
à partir du XVIIe siècle. Les Portugais,
puis les Anglais et les Hollandais entrèrent en concurrence.
Les missionnaires jésuites, notamment, se montrèrent
très actifs; parmi eux, le père Alexandre de Rhodes
contribua à la diffusion d'une écriture romanisée
du vietnamien (le quôc-ngu). Mais les États vietnamiens
n'accueillaient pas favorablement cette pénétration
étrangère «des barbares impies de l'Ouest».
Si la situation des paysans était meilleure au sud qu'au
nord, c'est pourtant dans le Sud qu'éclata une révolte
populaire qui allait conduire à la réunification
du Dai Viêt. En 1773, trois frères, appelés
Tây Son, du nom de leur village, près de Qui Nhon,
se révoltèrent contre les Nguyên; avec l'appui
des Trinh, ils prirent Saigon et l'Annam, puis se retournant
contre les Trinh, ils occupèrent Hanoi (1786). Les frères
Tây Son, après avoir définitivement éliminé
la dynastie Lê, se partagèrent le Dai Viêt;
l'un d'eux, Nguyên-Huê, se proclama empereur sous
le nom de Quang-Trung, et établit sa capitale à
Hanoi. Mais, en ne procédant pas à une réforme
agraire, les Tây Son déçurent les paysans
qui les avaient soutenus, et ne purent s'opposer au retour au
pouvoir, dans le Sud, d'un héritier des Nguyên.
Celui-ci, Nguyên Anh, trouva un appui auprès d'un
missionnaire français, Mgr Pigneau de Béhaine,
pour reconquérir le pays; après avoir fait la
conquête de la Cochinchine, il s'empara de Huê et
de Hanoi, et mit en déroute les seigneurs du Nord et
la dynastie des Tây Son (1786-1802).
L'événement est capital; sous le nom de Gia Long
(1802-1820), Nguyên Anh devint le premier empereur vietnamien
à régner sur un empire, qu'il nomma Viêt-nam,
et qui s'étendait de la frontière chinoise au
golfe du Siam (Thaïlande). Fondateur de la dynastie des
Nguyên (1802-1945), Gia Long, après s'être
assuré du soutien de la Chine, réorganisa et modernisa
son État qui, bien que centralisé, respecta les
particularismes des trois provinces: Tonkin, Annam, Cochinchine.
Il fit construire des routes (dont la «route Mandarine»),
des digues, des citadelles (notamment à Huê, sa
capitale), des ports et procéda à une réforme
agraire. Le Viêt-nam restait toutefois fortement sinisé
: nouveau code, dit code Gia Long, inspiré de celui des
Qing, confucianisme, taoïsme, culte des ancêtres,
mandarinat, etc. Le règne de Gia Long marqua l'apogée
de la puissance politique du Viêt-nam, qui dominait le
Cambodge, et constitua une période de brillant essor
culturel.
La conquête française (1858-1896)
L'Asie en 1900 Chronologie (1883)
Les successeurs de Gia Long furent de bons administrateurs,
mais les menaces extérieures ne tardèrent pas
à se préciser avec l'intervention de la Grande-Bretagne
en Chine (1842), qui fut contrainte d'ouvrir ses ports aux Occidentaux.
Craignant une attaque semblable, le roi Tu-Duc (1848-1883) décida
de fermer le Viêt-nam aux influences occidentales et autorisa
la persécution des missions catholiques, suspectées
d'être des agences de renseignement au service de l'étranger.
La réaction de la France, qui désirait prendre
pied en Indochine, ne tarda pas : en 1858, l'amiral Rigault
de Genouilly, qui commandait l'escadre franco-espagnole faisant
route vers la Chine, bombarda et enleva Tourane (Da Nang). L'année
suivante, les Français s'emparèrent de Saigon
et, en 1867, firent de la Cochinchine une colonie. Au nord,
la recherche d'un accès à la Chine entraîna
deux expéditions successives. Ainsi en 1883, la France
occupa Huê; un traité de protectorat fut ensuite
signé, et le pays fut bientôt divisé en
trois parties: le Tonkin, l'Annam et la Cochinchine. Enfin,
en 1887, la création de l'Union indochinoise (au Viêt-nam
avait été joint le Cambodge, puis le Laos unifié)
jeta les bases de la domination française sur l'Indochine
(1887). Colonie d'exploitation, l'Union indochinoise fut considérée
par la France comme le «fleuron de son empire».
Montée du nationalisme et création du PCI (1896-1941)
La résistance à la colonisation française
à la fin du XIXe siècle et au début
du XXe siècle fut principalement le fait des lettrés.
Elle fut incarnée par deux hommes: le premier, Phan Boi
Chan, réfugié au Japon avec un jeune prétendant
au trône, revendiquait l'indépendance du pays au
prix, si besoin était, d'une intervention armée
étrangère; le second, Phan Chan Trinh, plus modéré,
appelait la France à respecter plus strictement un régime
de protectorat sans plus intervenir dans les affaires courantes
du pays. Cette tendance réformiste céda le pas,
à partir des années 1920, à des mouvements
plus révolutionnaires: le parti national vietnamien et
le parti communiste indochinois (PCI), fondé à
Hongkong en 1930 par Nguyên Ai Quôc, le futur Hô
Chi Minh, qui fut membre du parti communiste français
(1920), puis du Komintern (1923). Mettant à profit la
grave crise économique des années 1929-1930, qui
toucha notamment l'agriculture de plantation, le PCI organisa
de nombreuses manifestations et grèves; celles-ci furent
sévèrement réprimées, et les principaux
meneurs, parmi lesquels Nguyên Ai Quôc lui-même,
furent arrêtés. Ayant ainsi rétabli l'ordre
par la répression, le gouvernement français, face
à l'évolution de la société vietnamienne,
fut toutefois contraint de lâcher du lest: en 1932, il
fit accéder au trône le jeune empereur Bao Dai,
formé en France et de réputation réformiste.
Les mesures engagées ne tardèrent pas à
décevoir, sans pour autant remettre en cause la présence
coloniale. À la veille de la Seconde Guerre mondiale,
la reprise économique était toutefois réelle
: le pays possédait 14?000 km de routes asphaltées,
2?600 km de voies ferrées permettant de rallier
aisément Hanoi à Saigon, des ports modernes, une
agriculture de plantation de premier plan (hévéas,
théiers) et une industrie qui se diversifiait. Les conditions
de travail avaient été globalement améliorées,
mais les salaires demeuraient très bas; plus de 80 %
de la population était analphabète et, malgré
des campagnes de vaccination, un enfant sur trois mourait au
cours de sa première année. Ce développement,
pour le moins contrasté, se traduisait néanmoins
par la montée de nouvelles élites nationales,
impatientes d'accéder au pouvoir politique.
La Seconde Guerre mondiale et la guerre d'Indochine
Chronologie (1946) Hô Chi Minh : la proclamation de l'indépendance
de la République du Viêt-Nam (extrait) À
partir de 1941, la France, vaincue et occupée, ne
peut se maintenir en Indochine, face au Japon, qu'au prix d'importantes
concessions économiques et militaires, parmi lesquelles
le droit d'utiliser de nombreuses bases navales et aériennes
dans le pays. Le 9 mars 1945, après leur défaite
dans le Pacifique, les Japonais prennent le contrôle militaire
de l'Indochine et, par crainte d'être pris à revers,
désarment les troupes françaises. Quelques mois
plus tard, profitant de la capitulation japonaise, les forces
du Viêt-minh («Front pour l'indépendance
du Viêt-nam», créé par les communistes
en 1941) passent à l'offensive et occupent Hanoi,
où Hô Chi Minh proclame l'indépendance du
Viêt-nam (2 septembre 1945). Cependant, la France,
soutenue par les Alliés dans ses «droits souverains»
sur l'Indochine, réinvestit immédiatement le Sud
et décide de négocier avec le régime de
Hanoi (fin 1945). La conférence qui se tient à
Fontainebleau, au cours de l'été 1946, échoue.
Cet échec entraîne du même coup la réoccupation
militaire du Tonkin par l'armée française.
À partir de 1949, la victoire de Mao Zedong et l'avènement
de la République de Chine populaire changent profondément
les données politiques. Soutenues militairement, les
forces du Viêt-minh passent à l'offensive. Pilonnées
par l'artillerie du général Giap, les forces françaises,
après une longue résistance, capitulent le 7 mai
1954 à Diên Biên Phu. Après ce désastre,
le sort de la guerre est jeté. Signés à
l'issue d'une conférence internationale, les accords
de Genève (juillet 1954) mettent fin à la domination
française et décident la partition provisoire
du pays, de part et d'autre du 17e parallèle. Des élections
sont prévues, préalablement à une unification
projetée en 1956, mais on évoluera vite vers une
séparation durable entre la République démocratique
du Viêt-nam (RDVN), au nord, dirigée par Hô
Chi Minh, et la République du Viêt-nam, au sud,
d?abord dirigée par Bao Dai, puis, après sa déposition
en octobre 1955, par Ngô Dinh Diêm.
La guerre américaine (1954-1975)
Le cessez-le-feu institué dure peu. Au cours des mois
suivants, les opérations militaires reprennent entre
l'armée régulière du Viêt-nam du
Sud et les opposants – principalement communistes –
regroupés à partir de 1960 au sein du Front national
de libération, ou «Viêt-cong», et soutenus
par le Nord. Pour faire face aux attaques des Viêt-cong,
le Premier ministre, Ngô Dinh Diêm, fait appel,
à partir de 1960, à l'aide militaire des
États-Unis, qui envoient d?abord des conseillers spéciaux,
puis des troupes, de plus en plus nombreuses à mesure
que la situation militaire se dégrade. En 1968,
le corps expéditionnaire américain comprend près
de 600?000 hommes qui peuvent compter sur leurs bases arrière
thaïlandaises et philippines. La rupture sino-soviétique,
en 1960, affaiblit la position d'un Viêt-nam du Nord,
qui refuse de s'aligner sur Moscou ou Pékin mais continue
à réclamer l'aide de ces deux capitales. De plus,
le conflit vietnamien, en se régionalisant (il est porté
au Laos, puis au Cambodge, en 1970, par les Américains
et les Sud-Vietnamiens), devient l'un des théâtres
majeurs de la guerre froide. En dépit de la puissance
de feu et des intenses bombardements américains sur le
Nord, la guerre s'enlise et suscite la réprobation d'une
partie importante de l'opinion publique américaine et
internationale. L'offensive viêt-cong du Têt, qui
manque emporter Saigon fin janvier 1968, décide
les Américains à engager des pourparlers directement
avec Hanoi; ces négociations, longtemps tenues secrètes,
aboutissent, en janvier 1973, aux accords de Paris au terme
desquels les Américains s'engagent à évacuer
militairement le Viêt-nam. Ces accords, en même
temps qu'ils mettent fin à l'intervention directe des
États-Unis, reconnaissent deux autorités au Viêt-nam
du Sud : le gouvernement de Saigon et le Viêt-cong, sous
le nom de Gouvernement révolutionnaire provisoire (GRP),
chacun contrôlant ses propres zones. En fait, la guerre
reprend presque aussitôt entre les deux parties. Pour
peu de temps cependant, car, en janvier 1975, le GRP, appuyé
par les forces du Nord, lance une offensive finale qui s'achève,
le 30 avril, par la prise de Saigon (rebaptisée
aussitôt Hô Chi Minh-Ville). En juillet 1976, la
nouvelle Assemblée nationale proclame la réunification
du pays, sous le nom de République socialiste du Viêt-nam.
La réunification et la reconstruction Le Viêt-nam
réunifié doit faire face aux immenses ravages
de la guerre: des millions de morts, de personnes déplacées
(infirmes, orphelins, réfugiés, déclassés).
Le gouvernement engage le Sud dans la voie du socialisme: nationalisation
des entreprises privées et du secteur bancaire, contrôle
du commerce, collectivisation des terres... Cette politique,
jointe pour beaucoup à la crainte d'un exil dans les
«nouvelles zones économiques rurales» (sur
les hauts plateaux), entraîne l'exode, souvent tragique,
de centaines de milliers de personnes par la mer (les boat people).
Sur le plan de la politique extérieure, le Viêt-nam,
aligné sur l'Union soviétique dont l'aide lui
était indispensable, s'est vite heurté à
la Chine. Sa victoire de 1975 poussa Hanoi à étendre
son influence politique sur les pays de l'ex-Indochine française.
Fin 1978, prenant le prétexte d'incidents frontaliers,
l'armée vietnamienne envahit le Cambodge, en proie au
génocide perpétré par le gouvernement des
Khmers rouges (soutenus par la Chine), et impose à Phnom
Penh un gouvernement dirigé par Heng Samrin. Mais l'aventure
tourne court en raison de la vigoureuse résistance armée
khmère, soutenue par la Thaïlande et la Chine, et
du désaveu de la communauté internationale face
à l'établissement de ce protectorat de fait sur
le Cambodge; par ailleurs, la Chine intervient militairement
dans le nord du Viêt-nam en 1979 et en 1987. La situation
intérieure empirant, Hanoi fut forcée, à
partir de 1984, de retirer peu à peu ses forces
du Cambodge. La situation économique était en
effet devenue catastrophique; en 1986, le VIe congrès
du parti communiste propose un programme de rénovations,
le Dôi Moi; il s'agit d'avancer vers l'économie
de marché et de démocratiser la société.
Cette libéralisation de l'économie s'accentue
encore après l'effondrement du communisme dans l'Europe
de l'Est, au début des années 1990. L'écroulement
de l'URSS rend le soutien russe de plus en plus faible; en 1991,
la Russie se désengage totalement du Viêt-nam ;
à partir de 1992, celui-ci entreprend de renouer
des contacts diplomatiques et commerciaux avec la France, l'Europe
occidentale et les États-Unis (qui, le 3 février 1994,
lèvent l'embargo commercial qu'ils imposaient au pays
depuis 1975), et le pays s'ouvre à nouveau au tourisme
et aux investissements étrangers. Le Viêt-nam adhère
alors à l'ANSEA (1995). En juillet 1996, Do Muoi, secrétaire
général du parti, Lê Duc Anh, chef de l'État,
et Vo Van Kiet, Premier ministre, ont été réélus
à l'issue du VIIIe congrès du parti communiste.
Le 25 septembre 1997, Trân Duc Luong, vice-Premier
ministre depuis 1987, est élu pour cinq ans à
la présidence de la République, et nomme Phan
Van Khai à la direction du gouvernement. Faute de profondes
réformes structurelles de son économie, le pays
accroît en 1999 son retard par rapport aux économies
de la région, qui renouent avec la stabilité,
après avoir subi le contrecoup de la crise asiatique.
Par ailleurs, le gouvernement de Phan Van Khai, confronté
à l'aggravation du malaise social engendré par
une corruption généralisée et des taxes
de plus en plus lourdes à acquitter, annonce le lancement
d'une nouvelle campagne de lutte contre la corruption, semblable
à celle qui avait précédé en 1985-1986
l'ouverture du pays aux investisseurs étrangers et aux
touristes. En novembre 2000, pour la première fois
depuis la fin de la guerre en 1975, un président américain – Bill
Clinton – s'est rendu au Viêt-nam lors d'une
visite officielle.
État et institutions Le Viêt-nam est une République
socialiste au parti unique. Reprenant celle de 1980, la
Constitution de 1992 confirme les orientations socialistes
du pays, mais, outre l'abandon de la notion de «dictature
du prolétariat», elle modifie sensiblement l'organisation
des pouvoirs. L'Assemblée nationale (395 députés
élus pour cinq ans au suffrage universel), dont
le rôle politique était jusqu'alors tenu par son
Praesidium, le Conseil d'État, est dotée de pouvoirs
accrus avec la dissolution de ce dernier organisme et la présence
de députés à plein temps, ce qui devrait
permettre une discussion plus ample des projets de loi. L'exécutif
est aussi renforcé, avec pour principale nouveauté
un président de l'État, élu par l'Assemblée
nationale pour cinq ans. Il nomme les hauts fonctionnaires en
accord avec l'Assemblée nationale et dispose d'un droit
de veto suspensif sur les projets de loi. Par ailleurs, il est
le chef des armées et responsable de la défense
nationale, mais l'Assemblée nationale et le gouvernement
ont également de larges compétences dans ces domaines.
En fait, ses pouvoirs, bien qu'étendus, sont assez mal
définis.
Le Premier ministre, également élu et responsable
devant l'Assemblée nationale, nomme les ministres (ce
qui lui permet de faire appel non à des politiques mais
à des techniciens) et dirige avec le gouvernement l'administration
et les affaires courantes du pays. Le renforcement des pouvoirs
de l'exécutif est sensible, même s'il ne remet
pas en cause la primauté du parti communiste, qui reste
maître des grandes orientations politiques du pays: le
pluripartisme n'est toujours pas à l'ordre du jour.